Par Claudia Kenou
Le Bénin a inscrit, jeudi 18 septembre 2025, une étape décisive dans le développement de son secteur financier et assurantiel avec le lancement inaugural de l’Association pour le Management des Risques et des Assurances du Bénin (AMRAB).
Innovation et résilience ont été les mots d’ordre de cette cérémonie qui a réuni à Cotonou les acteurs majeurs du secteur ainsi que des partenaires africains et internationaux. Portée par Elie Agbazahou, l’initiative ambitionne de transformer les vulnérabilités en opportunités et de placer la gestion des risques au cœur de la stratégie de développement économique et social du pays, tout en affirmant le rôle du Bénin comme pionnier dans la maîtrise des risques sur le continent. «Les catastrophes, qu’elles soient naturelles, industrielles ou liées à la cybercriminalité, rappellent une réalité: la gestion des risques n’est plus une option, mais une nécessité vitale pour la performance de nos entreprises et la résilience de notre pays», a déclaré Elie Agbazahou, président de l’AMRAB. Chaque année, a-t-il rappelé, près de 700 vies sont perdues sur les routes et des millions de dollars sont engloutis par l’érosion côtière ou les sinistres industriels. Derrière ces chiffres se cachent des familles brisées, des communautés fragilisées et une économie menacée. Face à ces défis, l’AMRAB se veut un rempart stratégique, capable de transformer ces menaces en leviers de croissance et d’innovation.
Marc de Pommereau, président du Club Francorisk, a résumé l’enjeu avec force: «l'Afrique est un continent de risques, mais aussi d’opportunités». Selon lui, anticiper, évaluer et atténuer ces risques est possible grâce à une approche méthodique et à des outils adaptés. «Si vous devez retenir une seule chose, c’est la prévention. L’assurance sans prévention ne marchera pas. C’est elle qui permettra de construire un avenir solide», a-t-il précisé, posant les bases de la philosophie de l’AMRAB. D'ailleurs, l'AMRAB ne se limite pas à la sensibilisation. L’association se distingue par sa stratégie de formation et de professionnalisation. En partenariat avec le Nigéria et l’Afrique du Sud, elle propose des programmes certifiants et diplômants pour former une nouvelle génération de professionnels aux standards internationaux. Une démarche qui vise à renforcer les compétences locales et à faire du continent africain un acteur autonome et innovant dans le domaine du risk management. «Le risque ne doit plus être perçu comme une contrainte, mais comme un levier stratégique pour bâtir un avenir plus sûr, plus prospère et durable pour le Bénin et pour l’Afrique», a insisté Elie Agbazahou.
Alice Massim-Ouali Affo, qui représentait le ministère de l’Économie et des Finances, a salué l’initiative. «La mise en place d’une structure nationale dédiée à la gestion des risques et aux assurances est essentielle pour promouvoir une véritable culture du risk management et renforcer la résilience de notre économie», a-t-elle souligné. Elle a également insisté sur le rôle fédérateur de l’AMRAB, capable de rassembler les acteurs financiers et assurantiels autour de bonnes pratiques de gouvernance, tout en favorisant l’inclusion financière et la compétitivité des entreprises.
La cérémonie a été ponctuée par une table ronde sur le thème «La maîtrise des risques: fondation d’un avenir solide», réunissant des figures majeures du secteur. Des experts béninois: Hervé Tchiakpé de l’ASA, Jean-Jacques Golou de l’APBEF-Bénin, aux leaders africains et internationaux: Yvonne Mothibi de l’Institut de Risk Management d’Afrique du Sud, Ochanya Dan-Ugo du Nigeria, Chantal Carnel de Delta RM et Nicolas Mayet du groupe Stelliant; chacun a insisté sur la nécessité de transformer l’incertitude en opportunité. Les discussions ont révélé un constat unanime: les risques sont multidimensionnels et interconnectés, qu’ils soient climatiques, technologiques, financiers ou géopolitiques et nécessitent une prévention proactive, des données fiables et une coopération robuste entre institutions.
Les panélistes ont également souligné l’importance de l’analyse géopolitique et de la cybersécurité. De la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement aux cyberattaques sophistiquées, la maîtrise des risques impose de conjuguer savoir-faire technique, vigilance constante et solidarité institutionnelle. En ce sens, l’AMRAB se positionne comme un catalyseur de résilience pour l’ensemble des acteurs économiques, une structure capable de guider les entreprises, les banques et les assureurs à travers les turbulences mondiales.
La signature des partenariats de formation avec le Club Francorisk et Amrae Formation (France), IRMSA (Afrique du Sud) et CRMI (Nigeria) a matérialisé l’engagement concret de l’association à professionnaliser le secteur et à impulser une dynamique continentale. Ces collaborations permettent à l’AMRAB de conjuguer expertise locale et standards internationaux, afin de renforcer la compétitivité et l’innovation au service du développement économique. En affirmant la nécessité d’une approche proactive et coordonnée, le lancement de l’AMRAB marque une étape stratégique pour le Bénin et pour l’Afrique. L’association incarne une nouvelle vision; celle de transformer chaque menace en levier, chaque vulnérabilité en opportunité et faire de la gestion des risques un moteur de continuité, de stabilité et de croissance économique. Une page se tourne et le continent semble prêt à réinventer son rapport à l’incertitude, avec le Bénin comme pionnier et modèle.
Fortuné Dotin