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Entretien exclusif avec Dr Soliou Badarou, Médecin et expert en santé publique

Médecin et expert en santé publique depuis plus de deux décennies, le Dr Soliou Badarou a façonné son engagement dans des zones reculées comme Pèrèrè, au nord-ouest du Bénin. Là, face à la précarité des moyens et à l’urgence des besoins, il a démontré qu’un regard humaniste et des solutions pragmatiques peuvent, concrètement, améliorer l’accès aux soins. Aujourd’hui à l’origine de l’Approche Iléra (une méthodologie opérationnelle de réforme des systèmes de santé) et auteur du prochain ouvrage «Soigner en Afrique autrement maintenant», il défend une idée simple: la transformation du secteur ne repose pas sur l’abondance de ressources ni sur des technologies importées, mais sur un triptyque souvent négligé, leadership local, innovation adaptée, participation des communautés. Dans cet entretien, le Dr Soliou Badarou identifie trois leviers essentiels pour reconstruire des systèmes de santé à la fois performants et résilients. Il évoque les arbitrages nécessaires entre qualité de service et contraintes budgétaires et appelle à un changement de culture managériale. Pour lui, l’amélioration durable ne peut s’envisager sans replacer les professionnels de santé (leur sécurité, leur motivation, leur dignité) au cœur de toute stratégie. À l’heure où les crises sanitaires s’annoncent plus complexes, cette réflexion sonne comme une invitation à repenser les fondamentaux de la santé publique sur le continent.

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Entretien exclusif avec Dr Soliou Badarou, Médecin et expert en santé publique

Médecin et expert en santé publique depuis plus de deux décennies, le Dr Soliou Badarou a façonné son engagement dans des zones reculées comme Pèrèrè, au nord-ouest du Bénin. Là, face à la précarité des moyens et à l’urgence des besoins, il a démontré qu’un regard humaniste et des solutions pragmatiques peuvent, concrètement, améliorer l’accès aux soins. Aujourd’hui à l’origine de l’Approche Iléra (une méthodologie opérationnelle de réforme des systèmes de santé) et auteur du prochain ouvrage «Soigner en Afrique autrement maintenant», il défend une idée simple: la transformation du secteur ne repose pas sur l’abondance de ressources ni sur des technologies importées, mais sur un triptyque souvent négligé, leadership local, innovation adaptée, participation des communautés. Dans cet entretien, le Dr Soliou Badarou identifie trois leviers essentiels pour reconstruire des systèmes de santé à la fois performants et résilients. Il évoque les arbitrages nécessaires entre qualité de service et contraintes budgétaires et appelle à un changement de culture managériale. Pour lui, l’amélioration durable ne peut s’envisager sans replacer les professionnels de santé (leur sécurité, leur motivation, leur dignité) au cœur de toute stratégie. À l’heure où les crises sanitaires s’annoncent plus complexes, cette réflexion sonne comme une invitation à repenser les fondamentaux de la santé publique sur le continent.

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Par Claudia Kenou

Médecin et expert en santé publique depuis plus de deux décennies, le Dr Soliou Badarou a façonné son engagement dans des zones reculées comme Pèrèrè, au nord-ouest du Bénin. Là, face à la précarité des moyens et à l’urgence des besoins, il a démontré qu’un regard humaniste et des solutions pragmatiques peuvent, concrètement, améliorer l’accès aux soins. Aujourd’hui à l’origine de l’Approche Iléra (une méthodologie opérationnelle de réforme des systèmes de santé) et auteur du prochain ouvrage «Soigner en Afrique autrement maintenant», il défend une idée simple: la transformation du secteur ne repose pas sur l’abondance de ressources ni sur des technologies importées, mais sur un triptyque souvent négligé, leadership local, innovation adaptée, participation des communautés.

Dans cet entretien, le Dr Soliou Badarou identifie trois leviers essentiels pour reconstruire des systèmes de santé à la fois performants et résilients. Il évoque les arbitrages nécessaires entre qualité de service et contraintes budgétaires et appelle à un changement de culture managériale. Pour lui, l’amélioration durable ne peut s’envisager sans replacer les professionnels de santé (leur sécurité, leur motivation, leur dignité) au cœur de toute stratégie. À l’heure où les crises sanitaires s’annoncent plus complexes, cette réflexion sonne comme une invitation à repenser les fondamentaux de la santé publique sur le continent.

CADRECO | Vous avez passé plus de 23 ans à œuvrer pour l’amélioration des soins en Afrique. Quel a été, selon vous, le tournant majeur de votre carrière ?

Dr Soliou Badarou. Le tournant majeur a été sans doute mon expérience à Pèrèrè, au nord-ouest de la République du Bénin. Je rends d’ailleurs hommage à cette population brave, où sans moyens massifs mais avec un leadership affirmé, j’ai pu transformer les problèmes en solution et faire de cette commune en son temps, une des plus performantes en matière de santé dans les départements du Borgou et de l’Alibori. Cela m’a prouvé qu’avec une vision claire, une équipe mobilisée et des mécanismes adaptés, on peut changer le destin de toute une communauté, d’un territoire… voire d’un pays. Ce fut le point de départ d’un engagement plus large pour la transformation systémique qui va conduire progressivement à mettre en place l’Approche Iléra testée dans plusieurs contextes et sous différentes appellations.

Pourquoi avoir choisi de publier “Soigner en Afrique autrement maintenant” ? Quelle urgence ou nécessité y répond ce livre ?

Dr Soliou Badarou. Ce livre est presque finalisé et la publication ne saurait tarder. Il est un cri d’alerte mais aussi un message d’espoir. Il répond à une urgence: l’essoufflement des systèmes de santé, la perte de confiance des populations et les inégalités croissantes d’accès aux soins. Mais il montre aussi que des solutions existent et que le narratif en Afrique peut changer. Ce n’est pas un livre de théorie: c’est un livre de terrain, d’actions concrètes, d’expériences vécues et de propositions pragmatiques. Il arrive à un moment où l’Afrique doit choisir entre subir ou se transformer. Comme je le dis souvent je cite: on ne transforme pas les systèmes de santé par décret, mais en transformant les hommes et les femmes qui les font vivre chaque jour au plus près des patients et des communautés”, c’est mon combat. Il est possible de se soigner et bien en Afrique.

Vous plaidez pour une transformation en profondeur des systèmes de santé. Sur quels leviers concrets les gouvernements peuvent-ils agir sans délai ?

Dr Soliou Badarou. La transformation des systèmes de santé ne peut plus attendre. Trois chantiers prioritaires émergent pour des résultats rapides. D’abord, révolutionner le pilotage: il s’agit d’aligner les ressources sur des objectifs concrets plutôt que sur des processus bureaucratiques. Une refonte indispensable. Ensuite, libérer les énergies locales. Donner plus d’autonomie aux acteurs de terrain et responsabiliser les équipes régionales crée une dynamique vertueuse là où cela compte vraiment - au plus près des patients. Enfin, et c’est peut-être le plus urgent, faire de la qualité l’étalon-or du système. Après des années à combler le déficit d’accès aux soins, le vrai défi réside désormais dans l’amélioration tangible de la qualité des prestations. Des standards clairs, un suivi rigoureux mais décentralisé peuvent y parvenir. Avec peu de moyens, ces actions peuvent changer la donne. J’en ai fait l’expérience avec l’Approche Iléra partout où elle a été mise en œuvre.

Peut-on concilier transformation des soins et contraintes budgétaires chroniques dans nos pays ?

Dr Soliou Badarou. Absolument ! La transformation ne dépend pas uniquement des moyens financiers, mais de la gouvernance, du leadership et de l’intelligence des choix. On peut commencer par ré-allouer ce qui existe plus efficacement. Par exemple, dans certaines zones, une meilleure organisation des soins a permis de tripler les consultations sans budget supplémentaire. Le gaspillage coûte plus cher que la réforme. D’ailleurs j’estime qu’avec les efforts que font les différents gouvernements en matière d’allocation budgétaires et l’appui des partenaires techniques et financiers, on peut avoir des résultats au-delà de ce que nous avons dans beaucoup de pays. En lisant le rapport de l’OMS sur la performance des différents systèmes de santé en Afrique au Sud du Sahara, vous découvrirez qu’elle n’est pas du tout une question de budget

Vous parlez souvent de «leadership transformationnel» en santé. Que recouvre ce concept et pourquoi est-il crucial pour les décideurs du secteur ?

Dr Soliou Badarou. Le leadership transformationnel, c’est la capacité à inspirer une vision claire, à mobiliser les équipes autour d’un but supérieur, à oser des réformes adaptées aux contextes locaux et à ne pas se contenter de gérer le quotidien et qui permet de motiver les équipes autour de leur propre performance sans intervention extérieure. C’est ce type de leadership qui fait passer un district sanitaire ordinaire à un district sanitaire modèle.

En Afrique, nous avons besoin de leaders qui ne soient pas de simples gestionnaires, mais des agents du changement, capables de briser l’inertie administrative et de placer l’humain au centre. Sortir des approches en silo centrée sur les maladies pour opter pour des approches centrées sur des cibles, ici l’enfant, ou la mère, ou l’adolescent etc… Sans vouloir citer certaines maladies, je dirai qu’il ne servira à rien de sauver un enfant d’une maladie X  parce que soutenue à grand frais pour qu’il meurt plus tard dans le même système d’une autre maladie Y évitable.

Comment améliorer le pilotage stratégique des ministères de la santé en Afrique, souvent freinés par des logiques administratives lourdes ?

Dr Soliou Badarou. Il faut professionnaliser le pilotage: renforcer les compétences des cadres, introduire des mécanismes de performance, utiliser les données pour décider et surtout simplifier les procédures. Il est temps de sortir du pilotage par les tâches pour aller vers un pilotage par les résultats. La coordination multisectorielle, l’utilisation du digital et la création de cellules stratégiques d’impulsion peuvent aussi jouer un rôle clé. Chaque niveau des pyramides sanitaires en Afrique doit jouer son rôle.

Vous accompagnez aussi les entreprises sur la santé mentale, la prévention et la qualité de vie au travail. Quelles sont les principales urgences en matière de bien-être professionnel sur le continent ?

Dr Soliou Badarou. Le stress chronique, le burn-out silencieux, la stigmatisation des troubles psychologiques et l’absence de politiques claires de bien-être. Beaucoup d’entreprises africaines sous-estiment encore le coût humain et économique du mal-être au travail. Pourtant, un salarié épuisé ou démotivé coûte cher à l’entreprise. L’urgence, c’est d’investir dans la santé mentale, la prévention du stress et un management plus humain.

Quels types d’actions peuvent être mises en place dans les entreprises africaines pour améliorer la performance via le bien-être ?

Dr Soliou Badarou. Pour booster la performance grâce au bien-être, les entreprises africaines doivent agir sur plusieurs leviers complémentaires. La première priorité doit être le diagnostic préventif. Des bilans de bien-être réguliers permettent d’identifier en amont les signaux faibles et d’adapter les mesures en conséquence. Cette approche proactive est essentielle pour anticiper les risques plutôt que de les subir. Le développement des compétences psychosociales constitue le deuxième axe. Le coaching, qu’il soit individuel ou collectif et les formations ciblées (gestion du stress, intelligence émotionnelle) font partie des solutions les plus efficaces. Ces outils améliorent non seulement la résilience des équipes, mais aussi leur capacité à gérer les tensions et à collaborer de manière constructive. Enfin, l’environnement de travail lui-même doit évoluer. Horaires flexibles, espaces de détente, reconnaissance systématique des efforts… Autant de mesures concrètes qui transforment le quotidien des collaborateurs et créent un cercle vertueux entre épanouissement et performance. Investir dans le bien-être, ce n’est pas un luxe. C’est un levier de productivité durable. Des managements plus humanisés qui sortent des schémas classiques qui ont régi le monde du travail depuis des décennies vers des styles qui s’adaptent plus à l’environnement actuel. Je prends à tout hasard les réunions à longueur de journée.

L’innovation est au cœur de votre discours : quelles sont les innovations les plus prometteuses pour améliorer la santé publique en Afrique ?

Dr Soliou Badarou. L’Afrique se trouve aujourd’hui à un tournant décisif en matière d’innovation en santé publique. Les solutions les plus prometteuses sont celles qui allient simplicité, accessibilité et adaptation parfaite aux réalités locales. Le numérique s’impose comme un levier transformationnel majeur. Plateformes de suivi patient, télé-consultations et systèmes de gestion des données médicales permettent déjà de surmonter les barrières géographiques et d’optimiser les ressources existantes. Les technologies portables à bas coût représentent une autre révolution en marche. Par ailleurs, les outils d’aide à la décision clinique constituent une innovation discrète mais essentielle. Je n’oublie pas une notion qui m’est chère, la cocréation avec les communautés que nous sommes censés soigner. La cocréation en ce qui concerne l’analyse et l’identification des goulots d’étranglement qui limitent l’accès et la demande des services de qualité, la cocréation dans l’identification des approches de solution simples locales, qui ne nécessitent pas forcément qu’on attendent quelqu’un qui ne viendra jamais, la cocréation dans le suivi évaluation de la mise en œuvre des solutions identifiées et dans la mobilisation des ressources. Mais au-delà de la technologie, l’innovation la plus puissante reste le changement de culture managériale: mettre la qualité, l’éthique et la responsabilité au cœur des systèmes. Quand un système est résilient, il supporte plus facilement les différents chocs et Dieu seul sait qu’il y en a un certain nombre (les épidémies, les inondations, le changement climatique, les troubles etc.). La bonne santé, la bonne nutrition et une éducation de qualité étant des piliers fondamentaux du capital humain, sans lequel, aucun pays ne peut décoller en matière de productivité. Je vous laisse découvrir l’indice du capital humain de la majorité des états en Afrique au Sud du Sahara.

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