Par Harry Orekan
«Les meilleurs gestionnaires des RH sont ceux qui comprennent le cœur de métier de leur entreprise...»
Créée en août 2008, l’Association nationale des professionnels de la gestion des ressources humaines (ANPGRH) s’impose comme un acteur incontournable dans le développement des compétences et la professionnalisation des gestionnaires des ressources humaines au Bénin. Cette organisation à but non lucratif réunit sur une même plateforme experts, consultants, universitaires et professionnels d’entreprise, tous unis par un objectif commun: faire avancer la profession de la gestion des ressources humaines. Yannick Kouakanou nous éclaire sur la mission de l’ANPGRH, les principaux défis auxquels sont confrontés les professionnels de la GRH, et les tendances actuelles dans ce domaine. Il nous parle également des initiatives et projets en cours pour soutenir et améliorer la profession, ainsi que de l’importance de la diversité et de l’inclusion au sein des entreprises.
CADRECO | Quelle est la mission principale de votre association et quelles sont ses principales activités ?
Yannick Kouakanou : L’Association nationale des professionnels de la gestion des ressources humaines (ANPGRH), régie par la loi 1901, est une organisation à but non lucratif créée en août 2008. Elle réunit dans un même creuset les experts, consultants, universitaires, et professionnels d’entreprise en gestion des ressources humaines. Sa mission principale est de développer les compétences de ses membres. Cette mission inclut la constitution d’un ensemble de pratiques permettant le partage d’expériences, la conduite d’études et de recherches, et la participation à des missions internationales.
En outre, l’ANPGRH s’engage dans une mission contributive au développement de la fonction RH en général, incluant l’entraide entre membres pour établir un corpus de bonnes pratiques et l’assistance aux pouvoirs publics dans la législation et la réglementation en matière de gestion des ressources humaines. Pour maintenir ce réseau de savoirs, l’association organise régulièrement des événements tels que les Journées Africaines des RH et les Journées Nationales des RH, qui sont des occasions de réseautage et de partage des meilleures pratiques au niveau national et continental.
Quels sont les principaux défis auxquels les professionnels de la GRH sont confrontés ?
Yannick Kouakanou : Les professionnels de la gestion des ressources humaines doivent relever trois défis majeurs. Le premier défi est existentiel: il s’agit pour la fonction RH de se réinventer. Historiquement centrée sur l’administration du personnel (gestion des contrats, de la paie, des congés, de la discipline, de l’hygiène et de la sécurité), le gestionnaire en ressources humaines doit aujourd’hui intégrer la digitalisation et l’automatisation tout en apportant une réelle valeur ajoutée en comprenant et en soutenant le business de l’entreprise dans laquelle il intervient.
Le deuxième défi, contextuel au Bénin, est de démontrer l’importance de la fonction RH dans un environnement où la reconnaissance de cette valeur est parfois limitée, notamment avec la suppression des postes de DRH dans la fonction publique. Les professionnels RH doivent prouver leur contribution essentielle au succès des organisations.
Le troisième défi est celui de la professionnalisation. De nombreux gestionnaires de ressources humaines sont arrivés dans cette fonction par défaut. La professionnalisation implique une formation continue et la maîtrise d’outils, méthodes, techniques et pratiques de gestion des RH afin de garantir que les professionnels RH au Bénin soient aussi compétents que leurs homologues internationaux.
Comment l’association aide-t-elle ses membres à relever ces défis ?
Yannick Kouakanou : Premièrement, elle crée un sentiment d’appartenance à une communauté, facilitant ainsi le partage de solutions et de bonnes pratiques entre membres. Deuxièmement, elle organise régulièrement des activités de renforcement des capacités, telles que des cafés RH, des journées nationales, et des conférences. Enfin, l’association mène des études pour combler les lacunes en matière de données et éclairer les décisions des administrations et du secteur privé. Ces initiatives visent à faire progresser la science de la gestion des ressources humaines et à soutenir les membres dans leur développement professionnel.
Quelles sont les principales tendances que vous observez actuellement ?
Yannick Kouakanou : Les tendances actuelles montrent que les DRH proviennent de plus en plus des métiers sectoriels des entreprises. Ainsi, il n’est plus nécessaire d’avoir fait carrière uniquement en gestion des RH pour devenir un excellent DRH. Les meilleurs gestionnaires des RH sont ceux qui comprennent le cœur de métier de leur entreprise, ayant souvent évolué dans les services opérationnels. Cette tendance met en évidence l’importance pour les professionnels RH de comprendre les activités spécifiques de leur organisation pour pouvoir y apporter une véritable valeur ajoutée.
Comment les technologies, telles que l’intelligence artificielle et les systèmes de GRH, transforment-elles le secteur ?
Yannick Kouakanou : Les technologies, et en particulier l’intelligence artificielle (IA), transforment profondément le secteur des ressources humaines. Par exemple, l’IA facilite la rédaction et l’analyse des lettres de motivation, automatisant ainsi des tâches autrefois chronophages. Cela permet aux gestionnaires des RH de se concentrer sur des aspects plus stratégiques de leur métier. La technologie permet également d’automatiser une grande partie du processus de recrutement, de dématérialiser les formations via le e-learning, et de gérer efficacement la rémunération. En somme, l’IA et les systèmes de gestion modernes libèrent les professionnels RH des tâches répétitives, les poussant à se concentrer sur l’analyse et la réflexion stratégique.
Quelles compétences clés doit développer un professionnel de la GRH pour être efficace dans son rôle ?
Yannick Kouakanou : Ils doivent acquérir une polyvalence et une compréhension approfondie des autres disciplines telles que la finance, la stratégie d’entreprise, et la stratégie commerciale. Ils doivent également renforcer leurs compétences analytiques pour pouvoir utiliser les chiffres et les données pour défendre leurs initiatives. Enfin, la maîtrise des langues, notamment l’anglais et le français, est essentielle pour évoluer dans un contexte globalisé et pour pouvoir communiquer efficacement avec les dirigeants et le personnel expatrié.
Quelle importance pour la promotion de la diversité et de l’inclusion au sein des entreprises ?
Yannick Kouakanou : La diversité et l’inclusion sont essentielles car elles enrichissent les entreprises en intégrant des perspectives variées. Une équipe diversifiée, tant en termes de genres, d’ethnies, de religions que de méthodes de travail, favorise l’innovation et la performance. Les meilleures pratiques incluent la mise en place de politiques d’inclusion pour les personnes handicapées, l’équilibre des genres, et la promotion d’une culture d’entreprise ouverte à toutes les différences.
Quels projets ou initiatives l’association prévoit-elle pour continuer à soutenir la profession de la GRH ?
Yannick Kouakanou : D’abord notre premier projet pour 2024-2025 concerne le rayonnement institutionnel de l’association. Après quelques temps de baisse de nos activités, nous envisageons de formaliser des partenariats avec les universités, les structures de l’État, le secteur privé (patronat, CCIB, CIPB, etc.) et autres corps professionnels (associations des juristes et ordre des Experts-Comptables) afin de développer des synergies d’actions et la création d’un écosystème où la fonction RH s’intègre mieux aux dynamiques de développement sociétal qui s’opère dans notre pays. Ensuite, nous envisageons accélérer et amplifier la valorisation des compétences internes et la promotion de nos membres à travers des récompenses des professionnels mais également par la recherche d’opportunités de formation et/ou de carrière des membres à l’international. Enfin nous souhaitons développer des programmes spécifiques pour les jeunes professionnels à travers le mentorat et leur placement dans les entreprises, tout en développant également un pôle de recherche grâce à des partenariats avec les universités et les cabinets de conseils pour la production d’études dans le domaine des ressources humaines. Un projet majeur en développement est l’intégration des pratiques du secteur privé dans le secteur public à travers des outils standardisés partagés entre les deux secteurs. Cette approche vise à progresser vers la création d’un ordre professionnel, similaire à ceux existants pour les avocats, notaires, experts-comptables et géomètres.
Un dernier mot ?
Yannick Kouakanou : Je voudrais finir en rappelant cette maxime de Jean-Marie Peretti «Tous, DRH». À travers le titre de cet ouvrage, je voudrais rappeler que nous sommes tous investis d’un rôle de gestionnaire des hommes, quelque part dans nos vies privées. Tout manager, tout dirigeant ou tout cadre, qui ne fait pas de sa fonction RH un pilier de sa stratégie et qui ne cherche pas à tirer le meilleur profit de chaque collaborateur, passe indéniablement à côté de l’essentiel. Il s’en rendra compte, tôt ou tard. L’ANPGRH est là pour accompagner tout dirigeant ou tout professionnel RH à Rendre Heureux, à Rester Humain, à devenir RH.