Par Claudia Kenou
Le Bénin amorce une transformation structurelle de son économie et l’agriculture y occupe une place de plus en plus centrale. La deuxième édition d’Agro Meet-Up, tenue mercredi 30 avril 2025 à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin, en a posé un jalon décisif. Placée sous le thème «Comment financer son projet agricole ?», la rencontre a réuni experts, institutions financières et entrepreneurs dans un échange de haut niveau, à la recherche de leviers concrets pour transformer les ambitions agricoles en projets viables.
C’est par une communication d’une remarquable acuité que Christian Assossou, directeur général de Sud Capital et invité de cette édition, a ouvert les débats. Bien qu’absent physiquement, son propos enregistré a capté l’attention dès les premières minutes. Il y a déployé une grille de lecture lucide et structurée du financement agricole, articulée autour de principes fondamentaux : progressivité, rationalité, innovation et maîtrise du risque.
«Commencer petit, bâtir un historique, démontrer une capacité de gestion rigoureuse : voilà les premiers gages de crédibilité auprès des institutions de financement», a-t-il martelé. À ce socle, il a ajouté une série de recommandations qui témoignent d’une fine compréhension des dynamiques actuelles du secteur: privilégier les cycles courts pour assurer la trésorerie, investir dans la modernisation (irrigation, mécanisation, intelligence artificielle); rechercher des partenariats compétents et viser la transformation pour capter plus de valeur et amortir les chocs du marché. La cartographie des risques et leur mitigation, a-t-il souligné, deviennent dans cette optique, non pas des formalités, mais des instruments de négociation stratégique avec les bailleurs. À ses yeux, les institutions financières n’attendent pas des rêves, elles attendent des garanties. «Ce qui rassure, ce n’est pas le discours, mais la gouvernance, la traçabilité, la capacité à évaluer les risques et à prouver qu’ils peuvent être maîtrisés», a-t-il expliqué. Poursuivant, le directeur de Sud Capital, a souligné qu'il est toujours mieux de s’associer à des profils expérimentés et de se faire accompagner par des professionnels du montage de dossiers «parce qu’un bon projet, mal présenté, reste un projet sans avenir», a-t-il précisé. Des propos qui ont résonné comme une véritable leçon d’intelligence économique appliquée à l’agriculture, dessinant les contours d’un entrepreneur agricole nouveau : discipliné, structuré, informé, et résolument tourné vers la performance durable.
Dans le prolongement de cette intervention, un panel a réuni les piliers du financement au Bénin. Le Fonds national de développement agricole (Fnda), la Caisse des dépôts et consignations du Bénin (Cdc Bénin), l’Agence de développement des petites et moyennes entreprises (Adpme) ainsi que le cabinet Sud Capital. Ensemble, ils ont offert un tour d’horizon précis et didactique des mécanismes de financement existants, en croisant perspectives institutionnelles et réalités de terrain.
Le Fnda en particulier, a rappelé avec force que la recherche de financement ne peut être un acte ponctuel, encore moins improvisé. Elle doit, selon l’institution, devenir un exercice constant, rigoureux et méthodique dans la trajectoire entrepreneuriale. «Le financement ne se cherche pas auprès d’une seule institution. Il faut diversifier ses pistes, avoir plusieurs cordes à son arc pour maximiser ses chances d’atteindre ses objectifs», a souligné son représentant. Une approche stratégique qui exige anticipation, ouverture et veille continue sur les offres disponibles.
En effet, ce dialogue d’experts a permis de dévoiler les conditions d’éligibilité, les dispositifs d’accompagnement, les attentes en matière de structuration financière et les marges de manœuvre pour chaque profil porteur de projet. Des exemples concrets sont venus illustrer les discours, rendant tangible ce qui reste souvent flou pour de nombreux acteurs du monde agricole. La richesse de la séance de questions-réponses a confirmé l’intérêt manifeste d’un public avide de clarification et de repères fiables. À l’issue de la rencontre, beaucoup se sont dits mieux outillés pour affronter les complexités du financement agricole, avec une grille de lecture renouvelée, des contacts utiles et une meilleure compréhension des exigences des guichets de financement.
Agro Meet-Up 2025 n’aura donc pas seulement été un rendez-vous d’information. Il s’est imposé comme un laboratoire d’intelligibilité économique, un carrefour d’expertise où se dessinent les contours d’un écosystème agricole plus robuste, plus structuré et mieux financé. À l’aube de la montée en puissance de l’agro-industrie béninoise, portée entre autres par la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé, cette édition aura joué un rôle crucial, celui de rappeler que sans ingénierie financière solide, il n’est pas de révolution agricole durable.
Fortuné Dotin