Par Claudia Kenou
Culture par excellence, le coton est au centre de tous les intérêts agricoles du Bénin. Depuis 2016, grâce à plusieurs réformes et initiatives prises dans le secteur, le pays engrange des résultats records lui permettant de dîner désormais à la table des premiers producteurs en Afrique.
Pour une amélioration de la qualité et une augmentation de la production des biens et services, les pays en général organisent leurs secteurs d’activités. Au Bénin, le secteur du coton joue un rôle inestimable dans la croissance de l’économie nationale. Principale culture commerciale du pays, il est devenu le pilier de l’économie béninoise et représente aujourd’hui environ 40% du Pib et 80% des recettes d’exportation du pays. En clair, sa culture participe de ce fait à l’amélioration du niveau de vie et du pouvoir d’achat des populations agricoles.
Si dans le monde, la Chine tient mordicus sa première place dans le classement général des producteurs, le Bénin en Afrique ne fait pas non plus de la dentelle. Le pays, année après année, bat son propre record et celui des autres. Grâce à la première place qu’il titille avec ses performances, il a réussi depuis ces huit dernières années à prendre le dessus dans la sous-région et même sur le continent, sur ses concurrents directs que sont le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali ou encore le Cameroun.
Ainsi, sur la période 2017-2019, la production du coton, d’après Umoa Titres, a progressé de 13,4%, soit une production record de 678.000,3 tonnes réalisée lors de la campagne agricole 2018-2019 contre 597.573,2 tonnes au titre de la campagne 2017-2018. Une performance qui a permis au Bénin d’être le premier producteur de coton en Afrique. Bien avant ces performances, cette courbe ascendante a pris véritablement son envol depuis 2016. Alors que la campagne ne dépassait presque jamais les 400.000 tonnes, celle de 2016-2017 a permis au pays d’enregistrer 451.000 tonnes de coton graine, faisant ainsi mieux que les campagnes précédentes.
Des associations à l’affût
Si depuis 2016, la filière Coton au Bénin a retrouvé ses lettres de noblesse, ce n’est pas anodin. Les autorités en charge de cette filière, grâce à la volonté manifeste des gouvernements, ont pour y arriver, procédé à plusieurs réajustements dont l’implication totale des associations et structures qui aujourd’hui contribuent valablement à ces résultats élogieux. Ainsi, l’Association interprofessionnelle du coton (Aic) qui est composée des familles, des producteurs et des égreneurs représentant les acteurs auprès de l’État et signe les accords et prestations de service, a pris le lead de la mise en œuvre des réformes dans le secteur. Désormais, elle a pour missions essentielles la coordination technique, l’arbitrage économique et financier, le pilotage et le suivi général de la filière. À ses côtés, la Fédération des Unions des Producteurs au Bénin (Fupro) composée des groupements villageois, des unions communales des producteurs et des unions départementales des producteurs. Elle se définit comme un creuset de concertation des producteurs dans la commercialisation primaire du coton-graine et la signature des accords de campagne et de vente de ce coton-graine. Ceci, en collaboration directe avec la Gagia-Bénin, entendez Groupements d’Achat et de Gestion des Intrants Agricoles. Laquelle se charge de sélectionner des importateurs et distributeurs d’intrants coton, forme les producteurs sur l’utilisation des intrants et le suivi de la mise en place des intrants dans les Coopératives Villageoises (Cv). C’est donc tout un ensemble qui travaille de commun accord avec la Cspr-Cie de laquelle dépendent les familles des égreneurs.
Dans le même lot de ces structures qui font aujourd’hui le bonheur du coton béninois, figure la Centrale de Sécurisation des Paiements et de Recouvrement (Cspr) qui a en charge la commercialisation primaire, la réception des états décadaires et délivrance des ordres d’enlèvement du coton graine, le paiement des producteurs, la récupération et le dénouement des crédits d’intrants. Elle est donc essentiellement une structure mise en place par les acteurs de la filière afin de sécuriser le recouvrement des crédits d’intrants et le paiement des opérations d’achat et de vente du coton-graine.
De nouveaux chiffres records
La campagne cotonnière 2023-2024 a été une nouvelle occasion pour le Bénin d’améliorer ses chiffres. Malgré plusieurs facteurs exogènes dont le réchauffement climatique ou encore la rareté de la pluie, le pays a enregistré pour cette campagne un chiffre record de 600.063 tonnes. Ceci, contre 588.110 tonnes pour la campagne précédente. Des résultats élogieux qui ont impliqué 183.746 producteurs, répartis dans 2.206 Coopératives Villageoises de Production de Coton (Cvpc). Lesquelles sont situées dans 47 communes productrices de coton, comparativement à 174.468 producteurs répartis dans 51 communes lors de la campagne 2022-2023.
Même s’il cède sa première place au Mali qui, pour la saison cotonnière écoulée a réalisé une production de 690.000 tonnes, le pays ne s’écarte pas de ses objectifs. Car d’ores et déjà, les autorités béninoises ont annoncé des mesures fortes pour la campagne à venir. Elles sous-tendent : la poursuite des consultations entre les acteurs de la filière en vue du soutien des prix de cession des intrants agricoles aux producteurs; l’amélioration de la production et du stockage des semences vêtues et délitées de qualité et en quantité suffisante; la mise en œuvre du plan stratégique de mécanisation de l’Institut de Recherche sur le Coton (Irc) en partenariat avec la Société Nationale de Mécanisation Agricole (SoNaMA); ainsi que la mise en place des Centres d’Appui Technique (Cat) de la SoNaMA pour faciliter l’accès des producteurs aux services de mécanisations. Tout ceci, sans oublier que l’instauration du Système d’Appui Conseil des Techniciens en Mécanisation Agricole aux côtés des producteurs pour les services de prestation en mécanisation est également envisagée. Mieux, la poursuite des sensibilisations des producteurs et des agents pour une meilleure récolte a déjà pris corps. Autrement, le Bénin donne déjà le ton pour une nouvelle campagne cotonnière sans précédent.