Par Claudia Kenou
Vingt pages d’exigence, de méthode et de projection: la Caisse autonome de gestion de la dette du Bénin (Cagd) a récemment rendu publique la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (Sdmt) pour la période 2025-2029. Ce document, dense et stratégique, cristallise l’ambition du pays de maintenir un cap maîtrisé dans un environnement macroéconomique mouvant.
Il ne s’agit pas d’un exercice cosmétique, mais d’un plan d’action calibré, en phase avec les nouveaux équilibres financiers internationaux, les exigences du marché régional de l’Uemoa et les impératifs de soutenabilité budgétaire. C'est une véritable réflexion de fond sur la manière dont le Bénin entend naviguer dans un contexte mondial complexe. Au cœur de cette démarche se trouve un objectif majeur: maintenir une croissance robuste tout en gérant avec maîtrise et transparence une dette publique de plus en plus exigeante.
Portée, en effet par une croissance robuste projetée à 6,5% en moyenne pour la période 2025-2029; une inflation contenue sous la barre des 3% et une dynamique budgétaire en amélioration (le déficit global devant se résorber autour de 3% du PIB d’ici 2026), cette nouvelle stratégie se base sur des leviers puissants tels que l'industrie notamment via la zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz), un secteur agricole en transformation et un développement infrastructurel soutenu par le Programme d’actions du gouvernement (Pag). Cette dynamique de croissance se veut la clé de voûte pour atteindre un triptyque fondamental: le renforcement de la gestion active du portefeuille, la sécurisation des conditions de financement et l'affinement des outils de pilotage du risque. Mais l’ambition ne s’arrête pas là. Loin de se contenter de solutions de financement classiques, le Bénin mise sur une diversification intelligente de ses sources de financement. L’objectif est de réduire la dépendance aux créanciers extérieurs tout en renforçant l’émission de titres publics en monnaie locale. Cette démarche vise non seulement à éviter l’exposition aux risques de change, mais également à optimiser la gestion du risque de refinancement de la dette, en particulier pour les emprunts à court terme.
La Sdmt anticipe également les défis liés à l’échéancier de remboursement, en particulier le mur de dette attendu à partir de 2026. Pour y répondre, le Bénin entend activer des leviers sophistiqués avec des solutions sur-mesure telles que des opérations de reprofilage ciblée, des swaps financiers et une gestion dynamique des engagements à court terme. En parallèle, le pays va renforcer sa présence sur les marchés régionaux, sans excès, avec une sélectivité renforcée des maturités et une veille continue sur les conditions de liquidité. Un des points forts de cette stratégie réside dans l’alignement parfait entre les objectifs de la Sdmt et la planification annuelle de l’endettement. Loin de se limiter à une simple gestion de la dette, le Bénin choisit une gouvernance proactive, où transparence et anticipation sont les maîtres-mots. Cette vision se traduit par la volonté de la Cagd d’offrir aux citoyens et aux partenaires internationaux une vision claire de l’évolution de la dette, avec des rapports réguliers sur sa gestion et son impact.
En toile de fond, la stratégie ne se veut pas uniquement un exercice financier, mais s’inscrit dans une architecture plus large de crédibilité financière et de l’avenir économique du pays. À travers cette publication, le Bénin entend renforcer son image sur les marchés nationaux, régionaux et internationaux et rassurer ses investisseurs quant à sa capacité à maintenir une dette soutenable et productive. En cela, la Sdmt 2025-2029 n’est pas un manifeste d’intention, mais un instrument de régulation macroéconomique, au service de la croissance et de l’investissement. Dans un contexte mondial où l’incertitude monétaire est devenue la norme, le choix de la méthode et de la rigueur n’est plus une option, mais une condition de souveraineté.
Pour le Bénin, la route est encore semée d’embûches, mais cette stratégie ambitieuse offre une véritable feuille de route pour l’avenir. En choisissant de prendre en main la gestion de sa dette, le pays se positionne comme un acteur maîtrisant les enjeux financiers de demain, prêt à saisir les opportunités de croissance et à relever les défis économiques avec confiance.
Fortuné Dotin