Par Claudia Kenou
À Porto-Novo, dans la sobriété d’un atelier technique organisé le 5 mai 2025, un jalon déterminant a été posé dans le processus de structuration à long terme du développement national. Les plus hauts cadres du ministère du Développement et de la coordination de l’action gouvernementale, rejoints par les experts juridiques du ministère de la Justice et de la législation, se sont réunis pour examiner le projet de loi portant Vision Bénin 2060.
Ce texte, aboutissement d’un processus entamé en 2022, s’apprête à franchir le seuil du Conseil des ministres, prélude à son dépôt sur le bureau de l’Assemblée nationale. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine du Bénin, une vision stratégique à long terme est appelée à devenir une norme juridique. Un geste politique fort, une architecture intellectuelle ambitieuse, un contrat intergénérationnel. Pensée en effet comme une boussole de développement durable, la Vision Bénin 2060 s’inscrit dans une temporalité rare dans l’action publique africaine. Elle épouse la logique de la loi-cadre n°2024-09 du 20 février 2024 sur la planification du développement et l’évaluation des politiques publiques, dont elle constitue l’épine dorsale prospective. L’enjeu est double. Doter le pays d’un référentiel législatif pérenne pour guider les politiques publiques sur plusieurs décennies et sanctuariser, au-delà des contingences politiques, une ambition nationale forgée dans la concertation, le réalisme et l’exigence méthodologique.
«Nous arrivons aujourd’hui à un moment crucial», a déclaré Cyriaque Edon, directeur général des politiques de développement, dans un propos mesuré mais chargé de solennité. Pour ce haut fonctionnaire, le passage de la vision à la loi scelle l’ancrage institutionnel d’un processus piloté avec méthode depuis plus de deux ans. «Les résultats issus du processus doivent désormais prendre une forme législative», a-t-il insisté, avant de saluer l’engagement de tous ceux qui, dans l’ombre ou la lumière, ont nourri ce vaste chantier de prospective. La portée du texte dépasse en effet le périmètre administratif classique. Il engage le pays tout entier dans une trajectoire à long terme; celle d’un Bénin structuré, cohérent, résilient et compétitif, qui intègre les dynamiques mondiales sans renier les réalités locales.
Crescentia Yaro Tossou, secrétaire générale adjointe du ministère du Développement, l’a rappelé avec justesse: «La Vision Bénin 2060 est le résultat d’une loi sur la base d’un projet transmis par le gouvernement». Autrement dit, ce projet d’anticipation devient pleinement un acte régalien. Encore fallait-il en éprouver la robustesse juridique. C’est là qu’intervient la Commission de législation et de codification du ministère de la Justice, appelée à évaluer la conformité du projet à l’architecture normative de l’État. Présent à l’atelier, le directeur de cabinet du ministre de la Justice et de la législation, Adamou Moussa, a souligné la dimension fondatrice du texte. La Vision, selon lui, «n’est pas un simple document administratif ou technocratique. Elle est une boussole, un instrument de développement durable, un engagement intergénérationnel».
Cette ambition se déploie en silence mais avec rigueur: affinement des décrets d’application, calibrage des projets de communication, validation des options rédactionnelles; tout est pensé pour offrir à l’État un cadre d’action lisible, ancré dans la durée. Le projet, désormais abouti, sera bientôt soumis à l’examen du Conseil des ministres, avant d’être présenté aux députés. Le temps de l’élaboration touche à sa fin. Celui de l’institutionnalisation commence. À l’horizon 2060, il faudra se souvenir qu’un jour de mai 2025, dans une salle discrète de Porto-Novo, le Bénin a choisi de penser loin, de penser grand et surtout de penser en loi.
Fortuné Dotin