Par Claudia Kenou
Comme le souligne cet aphorisme : « Pour revitaliser un espace, il faut d'abord en ancrer les bases, car une structure solide est la clé du progrès ». Le régime de Patrice Talon semble l’avoir pleinement intégré. Dès son arrivée au pouvoir en 2016, Patrice Talon a procédé à ce qu’on peut appeler un réaménagement institutionnel dans le secteur de l’eau. Des reformes ambitieuses qui, lui ont permis de poser les fondations d’un cadre efficace, prêt à relever les multiples défis auxquels ce secteur vital est confronté. On parle entre autres de la création en 2017 de l'Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (Anaep-Mr) ; de la création de la Société béninoise des Infrastructures d’eau (SoBIE) S.A., chargée de la gestion des patrimoines des secteurs rural et urbain ; etc. Mais quelles sont les répercussions réelles de ces réformes sur le secteur de l'eau au Bénin ? Au-delà de ces progrès institutionnels, quels résultats concrets le gouvernement de Patrice Talon peut-il véritablement présenter dans ce domaine stratégique ?
Le Rapport sur le développement durable du Bénin 2024, nous a tout de suite dévoilé ceci : « Le financement ODD à travers le projet de Développement des Infrastructures Hydrauliques Multifonctions et Gestion Durable des Ressources en Eau a permis à 46.500 personnes d’avoir accès à l’eau potable en milieu rural en 2022... Sur le plan des ouvrages réalisés en milieux urbains sur l’ensemble du territoire, il est à noter que la longueur totale du réseau de distribution d’eau de la SONEB a considérablement augmenté entre 2016 et 2023, passant de 6.032,3 km à 8.357,3 km, ce qui représente une progression de 33,5% ». En effet, selon le rapport, ces projets qui, en grande partie ont été financés par l’Eurobond ODD, représentent une partie des efforts gouvernementaux globaux dans le secteur de l’eau avec une allocation de ressources d’environ 55,8 milliards de francs Cfa (85,1 millions d’euros), soit 17,5% des 328 milliards de francs Cfa de fonds levés en juillet 2021. « Le secteur de l’eau représente la deuxième priorité en termes de financement par l’Eurobond ODD, après les services éducatifs, qui absorbent 38,1% des ressources mobilisées », a précisé le rapport. Il en a résulté des réalisations notables telles que la construction d’une station de traitement d’eau de 1.500 m³/h à Gobé et l’achèvement du barrage d’Ayedjoko à Savè en 2022. Fin 2023, ces infrastructures ont permis de desservir un nombre croissant de personnes. Ainsi, en 2023, 67.140 habitants des communes de Savè, Dassa-Zoumè, Glazoué et leurs environs bénéficient de l’eau, contre 64.884 en 2021 ; 349.224 personnes dans les communes d’Abomey, Bohicon, Agbangnizoun, Djidja, Za-Kpota et Zogbodomey contre 285.132 en 2021 ; 340.464 personnes à Abomey-Calavi contre 312.324 en 2021 et 328.116 à Parakou contre 300.684 en 2021. Des pas, qu’on peut qualifier de progrès manifeste pour l’accès à l’eau potable pour des milliers de Béninois.
Par ailleurs, de 2016 à 2023, une augmentation substantielle de la production d’eau, reflétant les améliorations en termes d’infrastructures et de capacités a été observée. En 2016, la Soneb produisait moins de 50 millions de m³ d’eau (49,5 millions de m³). En 2023, cette production a franchi le cap des 61,8 millions de m³, marquant une augmentation impressionnante de 24,8%. De plus l’expansion des infrastructures hydrauliques d'Adduction d'eau potable (Aep), couplée à l’augmentation de la production d’eau, ainsi que l’introduction d’un tarif national unique de solidarité, ont considérablement amélioré l’accès à l’eau, notamment pour les localités rurales et ont permis de mieux répondre aux besoins croissants en eau potable des populations. Des données collectées à la page 28 du Rapport sur le développement durable du Bénin 2024 en est une parfaite illustration. « Le nombre de Branchements Particuliers (BP) et communautaires sur les systèmes d’AEP en milieu rural a atteint 20.533 à fin 2023, contre 14.283 en 2021. Plus largement, entre 2017 et 2022, le taux de desserte en milieu urbain est passé de 55,0% à 71,8%, alors que dans les zones rurales, ce taux est passé de 41,8% à 76,7%, marquant une forte réduction des disparités entre les milieux urbain et rural ». Toujours à la même page, le rapport poursuit en précisant que d'après les résultats de l'enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (Instad, 2024), la proportion de la population ayant accès à l'eau potable a atteint 72,6% sur le plan national.
De même, faut-il souligner que les investissements massifs dans le secteur de l’eau ont considérablement augmenté le nombre d’abonnés de la Soneb, qui est passé de 246.908 en 2016 à 345.808 en 2023, soit une croissance de 40,1%. Une progression qui reflète l’efficacité des politiques publiques visant à étendre le réseau de distribution et à renforcer la production d’eau potable. En outre, la population desservie a bondi de 2.962.896 à 4.149.696 individus sur la même période (Soneb, 2024), témoignant d’un progrès significatif vers l’atteinte de l’ODD 6, garantissant un accès universel à l’eau potable.
Patrice Talon peut-il revendiquer un succès total dans la révolution de l’accès à l’eau potable ? Le Bénin est-il sur le point de clore ce chapitre crucial de son développement ou doit-il encore intensifier ses efforts pour garantir un accès véritablement universel et durable à cette ressource essentielle ? En attendant que d’autres aspects du sujet soient prochainement abordés, afin faciliter une ample compréhension sur ces problématiques aussi essentielles que vitales, poursuivez chez vous le débat.
Fortuné Dotin