Par Claudia Kenou
Ambitieux de bâtir un pays prospère sur les plans politique, socio-économique, culturel, etc., les gouvernements successifs du Bénin ont multiplié les initiatives pour promouvoir un développement inclusif et une prospérité partagée. Sous l’impulsion du président Patrice Talon, la planification nationale a connu un renouveau significatif, avec la relance de la Vision Alafia 2025, qui avait été mise en veille. Poursuivant cette dynamique, le gouvernement a lancé le 23 novembre 2023, au Palais des Congrès, le processus de formulation de la « Vision Bénin 2060 ». Ce nouvel horizon marque une étape cruciale dans la quête d’un avenir encore plus prometteur pour le Bénin, alors que le programme Alafia 2025 vient à son terme.
En réponse aux dynamiques mondiales et aux défis nationaux, le Bénin s’engage dans une nouvelle trajectoire de développement avec la « Vision Bénin 2060 ». Somme des multiples initiatives non abouties notamment sous « Bénin Alafia 2025 », avec une touche d’aspirations nouvelles arrimées aux enjeux modernes, le nouveau programme en élaboration qui projette le développement souhaité du Bénin à l’horizon 2060, se veut principalement de « rompre avec l’improvisation et la navigation à vue » dans la gestion publique.
Portée par le gouvernement, cette initiative résulte des performances mitigées de « Bénin Alafia 2025 » : non-respect des séquences établies pour l’opérationnalisation; faible application des outils de planification; écart courant observé entre les produits de la planification, de la programmation et de la budgétisation; etc.
En s’engageant dans la construction d’une nouvelle vision, « le Gouvernement du Bénin choisit la prospective dans le double sens de la préactivité et de la proactivité. Il s’agit du choix de la réflexion avec comme finalité l’anticipation pour éclairer l’action publique du court terme comme du moyen terme ». D’ailleurs, s’inscrivant dans ce registre, le pays s’est doté, de la loi-cadre 2024-09 du 20 février 2024 sur la planification du développement et sur l’évaluation des politiques. Au terme de la « Vision Bénin 2025 Alafia », ce dispositif vise essentiellement à pérenniser les acquis en matière de développement économique et social, garantir le respect des orientations à long terme, et renforcer la culture évaluative au sein des institutions béninoises.
Une vision claire pour l’avenir
Le choix de l’horizon 2060 est justifié par deux raisons: symbolique, car il représente 100 ans après l’indépendance du Bénin en 1960, et technique, correspondant à une génération de 35 ans après la vision Bénin 2025 Alafia. Ce long terme, à en croire le Directeur de cabinet du ministre d’État Alastaire Alinsato, offre une marge de manœuvre aux acteurs du développement pour mieux gérer les défis. Avec cette perspective, au plan de l’amélioration des Politiques Publiques, le Gouvernement cherche à accroître l’efficacité des politiques publiques en adoptant une approche combinée de prospective, planification stratégique et programmation. Une approche permettant de réfléchir sur le futur tout en tenant compte des réalités actuelles et des évolutions possibles. En matière de « Renforcement des capacités nationales », face aux mutations globales telles la mondialisation accélérée, les changements de paradigme de développement, la révolution numérique, et les crises sanitaires comme la Covid-19, le Bénin cherche à anticiper et à s’adapter pour mieux répondre aux défis futurs.
Une opération inclusive et participative
Dans l’esprit de bâtir un Bénin uni, pacifique, économiquement prospère et culturellement rayonnant, la Vision Bénin 2060 repose sur des bases solides et s’inscrit dans une logique inclusive et participative. Pour ce faire, la vision se subdivise en plusieurs phases. Première, la « phase Préparatoire » a permis la création du cadre institutionnel nécessaire au processus de formulation de la vision. Elle inclut la mise en place de divers organes comme le Comité national d’orientation et de supervision (CNOS) et le Comité technique de pilotage (CTP). Des travaux préliminaires ont aussi été réalisés pour évaluer la Vision 2025 et préparer les documents nécessaires à la nouvelle vision.
En ce qui concerne la « Phase de diagnostic », elle se concentre sur la collecte des aspirations des béninois et la rédaction du document de la Vision Bénin 2060. Un processus inclusif est en place, permettant aux citoyens, experts et leaders nationaux de contribuer activement à la formulation de cette vision.
D’ailleurs, le Comité technique de pilotage de la Réflexion Prospective a indiqué la date du 05 août 2024 comme date de démarrage de la phase de collecte des perceptions et aspirations des populations des 77 communes sur leurs idées sur le Bénin à l’horizon 2060. Des activités qui seront conduites par des animateurs de focus groups et agents enquêteurs « sensibilisés et outillés » à cet effet. « Toutes ces enquêtes sont conduites aussi bien en français que dans nos langues nationales de sorte à ne laisser personne de côté, et couvrent une cible potentielle de 123.400 individus contre 1.704 en 2000 lors du processus Bénin 2025 Alafia », a clarifié le Président du comité technique de pilotage de la réflexion perspective. Selon Alastaire Alinsato, en augmentant le nombre d’échantillons, le but visé est de faire du processus, une opération la plus représentative, inclusive et participative. Troisième et dernière, la « Phase de Validation et de Popularisation » est relative à la soumission du projet.
Après la rédaction, le projet sera soumis à validation par différents organes, y compris le Conseil des Ministres et l’Assemblée Nationale. Une large diffusion de la vision sera ensuite réalisée pour garantir que tous les béninois soient informés et impliqués dans la mise en œuvre. Le cadre institutionnel mis en place pour ce processus inclut le Comité National d’Orientation et de Supervision, le Comité Technique de Pilotage, le Secrétariat Technique et les Groupes Thématiques. Ces structures assurent la supervision, la conduite technique et l’opérationnalisation du processus. Avec donc la Vision 2060, le Bénin n’entend plus se laisser conduire par l’improvisation politique. Au contraire, la mise en œuvre de ce plan devra permettre, d’asseoir les grands axes de développement qui collent avec les aspirations du peuple et qui, sont à la fois orientés sur les enjeux modernes et futuristes. Reste à souhaiter que les réalités endogènes dans chaque sous-secteur soient prises en compte pour un développement holistique.