Par Claudia Kenou
Le mercredi 2 juillet 2025, la loi N°2025-14 portant réglementation de la microfinance a été promulguée, ouvrant un nouveau chapitre dans la trajectoire de l’inclusion financière nationale. Adoptée quelques jours plus tôt, le 25 juin, par les députés de la 9ᵉ législature, cette loi de 58 pages succède à un cadre juridique vieux de treize ans. L’objectif affiché est de restructurer le secteur, le rendre plus transparent, plus solide et surtout plus adapté aux réalités d’un pays en pleine mutation économique.
Ce nouveau corpus juridique repense en profondeur les bases institutionnelles, opérationnelles et prudentielles du secteur. Il encadre de façon plus rigoureuse l’activité des institutions de microfinance (IMF), tout en instaurant des mécanismes renforcés de gouvernance, de contrôle interne et de protection des usagers. L’une des avancées majeures réside dans l’obligation faite à chaque IMF de se doter d’un conseil d’administration, signe d’une volonté claire de professionnaliser la gestion et d’en finir avec les pratiques opaques. S’ajoutent à cela l’instauration d’un capital social minimum, la clarification des responsabilités de l’autorité de tutelle et l’élargissement, dans un cadre réglementé, du champ des activités autorisées aux IMF.
La réforme introduit également des dispositifs spécifiques pour le traitement des institutions en difficulté, une consolidation des exigences comptables et prudentielles ainsi qu’un arsenal de mesures de protection des coopérateurs. Le principe de proportionnalité est affiné afin d’ajuster les obligations réglementaires aux caractéristiques propres de chaque type d’institution. En outre, une ouverture progressive vers la finance islamique est intégrée, traduisant la volonté d’aligner le secteur sur les standards internationaux tout en tenant compte des spécificités du contexte béninois.
Ce nouvel arsenal juridique vise à garantir la stabilité du secteur, à encourager son développement durable et à faire de la microfinance un levier structurant de financement inclusif, au service des populations non ou mal desservies par les circuits bancaires classiques. Les décrets d’application à venir joueront un rôle essentiel dans l’opérationnalisation du texte. Ils devront clarifier les modalités d’application, renforcer les outils de supervision et garantir la cohérence de l’ensemble dans une logique d’assainissement durable du secteur.
Pour le gouvernement, il ne s’agit pas seulement de restaurer la confiance dans un écosystème qui a connu des dérives. Il est aussi question de repositionner la microfinance comme un pilier stratégique de sa politique économique et sociale, capable de soutenir l’activité des très petites entreprises, de stimuler l’auto-emploi et de contribuer à la résilience financière des ménages.
Fortuné Dotin