Par Claudia Kenou
Alors que l’activité de crédit progresse à un rythme soutenu, les dépôts enregistrés par les institutions de microfinance au Bénin ont reculé de 7% au quatrième trimestre 2024. Un paradoxe qui illustre les fragilités persistantes du secteur, malgré son importance croissante dans l’inclusion financière.
Selon la Note sur la situation de la microfinance dans l’Uemoa au 31 décembre 2024, publiée par la BCEAO, le Bénin figure parmi les rares pays de l’Union avec le Togo, à avoir enregistré une baisse de l’épargne mobilisée sur cette période. Les dépôts ont chuté de 13,9 milliards de francs Cfa par rapport au trimestre précédent. Cette baisse contraste avec les hausses notées dans d’autres pays comme la Côte d’Ivoire (+3,6%) ou le Sénégal (+2,9%) et pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs: méfiance des épargnants, concurrence des banques traditionnelles ou encore faiblesse structurelle de certains Systèmes financiers décentralisés (SFD). En fin d’année 2024, trois SFD béninois - Fesprod, Fidevie et Sp/Cpb - ont d’ailleurs perdu leur agrément, soulignant les défis de viabilité dans le secteur. Malgré la baisse des dépôts, l’activité de crédit se porte bien. L’encours des prêts octroyés par les SFD béninois a progressé de 18,4 milliards de francs Cfa au quatrième trimestre, soit une croissance de 7,7% - l’un des meilleurs taux de toute l’Union. Ce chiffre dépasse nettement la moyenne régionale (+5,0%).
À l’échelle de l’Uemoa, le secteur de la microfinance continue de croître. Il compte aujourd’hui 19,1 millions de clients et 4.761 points de service. Les dépôts atteignent 2.459 milliards de francs Cfa (+8,1% en un an) tandis que les crédits octroyés s’élèvent à 2.695,2 milliards de francs Cfa (+5,3%). Cependant, cette croissance s’accompagne de signaux de vulnérabilité. Les crédits restent très concentrés sur le court terme (51,2%) et la part de marché des SFD demeure modeste: ils ne représentent que 5,2% des dépôts et 7,3% des crédits totaux dans l’Uemoa. Le taux de dégradation brut des portefeuilles de crédits, bien qu’en légère amélioration (passé de 10,5% à 8,9%), reste bien au-dessus du seuil de 3% recommandé par la BCEAO. En comparaison annuelle, ce taux est en hausse par rapport à décembre 2023, où il s’établissait à 6,9%. Pour renforcer leur résilience, les institutions de microfinance devront poursuivre leurs efforts de professionnalisation, améliorer la gestion du risque et mieux s’adapter aux besoins des populations.