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Entretien avec William Codjo, Directeur Général de l’Agence de développement des arts et de la culture (ADAC)

Sous la direction de William Codjo, l’Agence de développement des arts et de la culture (ADAC) se positionne comme un acteur clé de la transformation culturelle du Bénin. Dans un contexte où les industries culturelles et créatives prennent une place de plus en plus importante à l’échelle mondiale, l’ADAC fait face à un défi de taille: structurer l’écosystème pour promouvoir l’économie des industries culturelles et créatives béninoises sur le plan national et international. Son approche repose sur la modernisation des pratiques artistiques, le respect de normes internationales et la création de mécanismes financiers adaptés aux besoins du secteur. À l’aube des cinq prochaines années, l’institution entend ouvrir de nouvelles perspectives pour l’ensemble des acteurs culturels béninois. Dans cette interview, William Codjo partage les aspirations et les mesures concrètes mises en place par l’ADAC pour stimuler le développement des industries culturelles et créatives au Bénin.

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Entretien avec William Codjo, Directeur Général de l’Agence de développement des arts et de la culture (ADAC)

Sous la direction de William Codjo, l’Agence de développement des arts et de la culture (ADAC) se positionne comme un acteur clé de la transformation culturelle du Bénin. Dans un contexte où les industries culturelles et créatives prennent une place de plus en plus importante à l’échelle mondiale, l’ADAC fait face à un défi de taille: structurer l’écosystème pour promouvoir l’économie des industries culturelles et créatives béninoises sur le plan national et international. Son approche repose sur la modernisation des pratiques artistiques, le respect de normes internationales et la création de mécanismes financiers adaptés aux besoins du secteur. À l’aube des cinq prochaines années, l’institution entend ouvrir de nouvelles perspectives pour l’ensemble des acteurs culturels béninois. Dans cette interview, William Codjo partage les aspirations et les mesures concrètes mises en place par l’ADAC pour stimuler le développement des industries culturelles et créatives au Bénin.

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Par Claudia Kenou

Sous la direction de William Codjo, l’Agence de développement des arts et de la culture (ADAC) se positionne comme un acteur clé de la transformation culturelle du Bénin. Dans un contexte où les industries culturelles et créatives prennent une place de plus en plus importante à l’échelle mondiale, l’ADAC fait face à un défi de taille: structurer l’écosystème pour promouvoir l’économie des industries culturelles et créatives béninoises sur le plan national et international. Son approche repose sur la modernisation des pratiques artistiques, le respect de normes internationales et la création de mécanismes financiers adaptés aux besoins du secteur.

À l’aube des cinq prochaines années, l’institution entend ouvrir de nouvelles perspectives pour l’ensemble des acteurs culturels béninois. Dans cette interview, William Codjo partage les aspirations et les mesures concrètes mises en place par l’ADAC pour stimuler le développement des industries culturelles et créatives au Bénin.

CADRECO | Pouvez-vous nous rappeler brièvement le rôle de l’ADAC dans l’écosystème béninois ?

William Codjo : L’Agence de Développement de l’Art et de la Culture occupe une place centrale dans l’écosystème culturel béninois. Elle a pour mission principale de concevoir et de piloter les actions publiques dans le domaine de l’art et de la culture, en mettant un accent particulier sur leur dimension économique. Les statuts de l’ADAC lui confèrent la responsabilité de structurer l’économie des arts et de la culture dans des secteurs clés tels que les arts visuels, les arts vivants, l’industrie de l’écran, ainsi que le livre et la lecture. Un outil précieux accompagne ces efforts: le Fonds de Développement des Arts et de la Culture (FDAC). Placé sous la tutelle du ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts, ce fonds constitue une structure publique dédiée à soutenir les initiatives et à amplifier l’impact des actions de l’agence.

En votre qualité de Directeur Général de l’ADAC, depuis sa création en 2023, quelles sont les actions effectuées pour la redynamisation de l’économie artistique et culturelle ?

William Codjo : Depuis sa création en 2023, l’ADAC s’attèle à relever un défi ambitieux: redynamiser l’économie artistique et culturelle au Bénin. Pour bâtir une économie durable, il est essentiel de favoriser les échanges entre les producteurs de biens ou services artistiques et leurs consommateurs. L’agence œuvre donc à créer un écosystème où ces interactions se multiplient et s’intensifient. Dans cette perspective, l’ADAC s’emploie à affiner, diversifier et densifier les offres des professionnels du secteur. Un premier axe de travail consiste à accompagner les artistes et les créateurs dans la structuration de leurs propositions, en définissant les maillons nécessaires et en favorisant leur complémentarité. Cela garantit des produits de qualité susceptibles de séduire un public toujours plus large. Mais l’offre ne saurait suffire sans une demande active. Parallèlement, des efforts significatifs sont déployés pour sensibiliser et mobiliser les publics, dans une logique de médiation culturelle. L’objectif est clair: encourager les béninois à consommer des produits artistiques et culturels, en générant ainsi une dynamique économique vertueuse.

En octobre dernier, le lancement du Fonds de Développement des Arts et de la Culture a marqué une étape clé dans cette stratégie. Cet outil financier constitue un levier essentiel pour soutenir les artistes, inciter les entreprises à investir dans leurs créations et développer des mécanismes de distribution accessibles à tous. En fin de chaîne, c’est toute l’économie artistique et culturelle qui en bénéficie, grâce à des produits valorisés et disponibles pour le grand public.

Le FDAC a été lancé au mois d’octobre, quels sont ses principaux objectifs ? Pourquoi ce fonds a-t-il été créé et quelles lacunes vient-il combler dans le secteur culturel ?

William Codjo : Le secteur culturel se distingue par sa complexité en tant que domaine économique. Comme dans d’autres filières économiques, les acteurs culturels produisent des biens et des services pour répondre à une demande solvable. Toutefois, la production et la distribution de ces biens nécessitent des ressources, ce qui constitue souvent un obstacle majeur pour ces acteurs. Contrairement aux secteurs traditionnels où l’accès au financement bancaire est plus aisé, le domaine culturel, par sa spécificité, se heurte à d’importantes difficultés pour mobiliser des ressources financières auprès des institutions classiques. C’est dans ce contexte qu’a été créé le FDAC, un dispositif essentiel pour pallier ces lacunes. Il vise à offrir des solutions financières et techniques adaptées aux besoins des artistes et professionnels de la culture, afin de leur permettre de produire et de distribuer des biens et services culturels.

Le FDAC répond à deux types fondamentaux de besoins exprimés dans le secteur culturel: les besoins de ressources non-marchandes et ceux de ressources marchandes. Les ressources non-marchandes s’inscrivent dans une logique d’utilité publique, où les biens culturels créés ne peuvent pas être rémunérés directement par des usagers ou consommateurs. Dans ce cas, il est nécessaire que l’État, des mécènes ou des sponsors interviennent pour financer ces initiatives, garantissant ainsi l’accès gratuit aux prestations culturelles pour les populations.

Un exemple illustrant la nécessité des ressources non-marchandes est celui des festivals. Ces événements, qui servent de vitrine aux arts et à la culture d’un pays, permettent au public de découvrir des prestations souvent gratuites. Cependant, les organisateurs doivent mobiliser des ressources pour couvrir les coûts, que ce soit pour la logistique, la venue des artistes ou la mise en place des infrastructures. Ces dépenses, difficilement remboursables par des recettes directes, nécessitent des subventions ou des soutiens extérieurs.

Par ailleurs, pour des projets comme la production d’un film, le FDAC peut intervenir en proposant des mécanismes financiers marchands, où les recettes générées permettront de rembourser les investissements. Cette flexibilité permet de répondre aux différents besoins du secteur, tout en stimulant sa croissance. À l’inverse, les ressources marchandes concernent les projets culturels capables de générer des revenus. Ces derniers peuvent alors s’appuyer sur des financements bancaires ou des mécanismes spécialisés. Par exemple, un réalisateur peut emprunter pour produire un film, le diffuser, et rembourser son emprunt grâce aux recettes générées. Cette distinction entre ressources marchandes et non-marchandes est cruciale pour structurer le financement du secteur.

Quelles sont les conditions d’éligibilité pour les créateurs, producteurs et diffuseurs souhaitant bénéficier du FDAC ? Et comment assurez-vous la transparence du processus de sélection et le respect des critères d’évaluation ?

William Codjo : Les conditions d’éligibilité pour bénéficier du Fonds de Développement des Arts et de la Culture (FDAC) sont définies dans chaque appel à projets. Lors du premier appel lancé le 14 octobre, les critères ont été clairement exposés et répartis en deux lots distincts: le lot création-production et le lot diffusion. Pour le premier, il s’agit de soutenir des créateurs individuels ou des producteurs qui souhaitent réaliser des œuvres artistiques. Les candidats peuvent être des artistes indépendants ou des structures de production, mais dans tous les cas, ils doivent opérer dans les domaines des arts vivants, des arts visuels, des industries de l’écran ou du livre. En revanche, le lot diffusion s’adresse spécifiquement aux acteurs souhaitant promouvoir des œuvres déjà existantes. Les candidats peuvent être des diffuseurs ou des gestionnaires d’espaces de diffusion, chargés de faire circuler ces œuvres auprès du public. Les détails relatifs aux documents à fournir et aux modalités de soumission sont précisés dans les appels à projets correspondants.

Pour garantir une égalité des chances et une gestion efficiente des ressources publiques, le FDAC a mis en place un système rigoureux et transparent pour le traitement des candidatures. D’abord, le contact direct entre les porteurs de projets et l’administration de l’ADAC est proscrit. L’ensemble du processus se fait via un service en ligne, permettant aux candidats de soumettre leurs projets à distance sans aucune interaction physique préalable. Cette approche vise à éviter tout favoritisme ou intervention extérieure. Chaque dossier envoyé par voie électronique arrive directement dans le système du FDAC, sans passer par des intermédiaires, garantissant ainsi la neutralité du processus.

Pour la sélection des projets, des assesseurs sont recrutés par appel à candidature et formés à l’utilisation d’une grille d’évaluation normalisée. Ces assesseurs évaluent les dossiers de manière indépendante, dans un cadre anonyme, afin d’éviter toute influence mutuelle. Chaque projet est examiné par deux assesseurs, et leurs évaluations respectives sont comparées selon un écart-type prédéfini. Si les notes attribuées divergent au-delà de ce seuil, les assesseurs sont invités à réexaminer leurs évaluations, toujours sous la supervision d’un responsable. Ce dernier ne modifie pas les notes mais veille à ce que le processus reste conforme aux critères établis. Une autre garantie essentielle de transparence réside dans l’implication du Conseil artistique. Composé de onze membres issus des différents secteurs d’expression artistique, ce conseil joue un rôle clé dans la supervision et l’évaluation des dossiers. Il analyse les travaux des assesseurs, valide les conclusions ou demande des éclaircissements supplémentaires si nécessaire. Enfin, un classement par mérite est établi, tenant compte des ressources disponibles et des priorités identifiées. Cette méthodologie, qui repose sur des mécanismes collaboratifs et anonymes, garantit que les fonds du FDAC sont attribués de manière équitable et en toute impartialité.

Lors de la masterclass que vous avez donné sur les industries cinématographiques, vous avez évoqué le manque de financement et d’infrastructures. Quelles actions concrètes l’ADAC envisage-t-elle pour surmonter ces défis ?

William Codjo : Le secteur du cinéma bénéficie d’ores et déjà du mécanisme de subvention mis en place par le Fonds de Développement des Arts et de la Culture, qui soutient les projets de production. Parallèlement, un mécanisme de coproduction est en cours de développement. Ce dernier permettra à l’Agence pour le Développement des Arts et de la Culture (ADAC) de prendre part directement à des projets cinématographiques en qualité de coproducteur. En conséquence, cette participation générera des droits pour l’ADAC, ce qui constituera non seulement une source de revenus pour l’agence mais également pour l’État. Ainsi, le FDAC offre une double opportunité: financer directement les projets via des subventions et, à terme, investir dans des productions cinématographiques à travers des partenariats structurants.

Cependant, pour véritablement faire décoller l’industrie cinématographique, les besoins en infrastructures demeurent pressants. Le gouvernement, tout comme l’ADAC, travaille activement sur cette problématique. Plusieurs éléments fondamentaux doivent être réunis: un cadre légal clair, comme un code du cinéma, pour encadrer la production, du matériel technique moderne et adapté, des techniciens qualifiés pour utiliser ces équipements de pointe, ainsi qu’un interlocuteur national capable de guider les professionnels du secteur sur les aspects légaux, techniques et financiers de leurs projets. À cette fin, un bureau de tournage sera prochainement mis en place. Ce bureau jouera le rôle d’interface entre les professionnels locaux et étrangers et le pays, offrant un accompagnement sur mesure pour localiser les ressources techniques, humaines et logistiques nécessaires.

Au-delà de ces mécanismes publics, l’implication du secteur privé est cruciale. Le gouvernement encourage le développement de partenariats public-privé pour accompagner le financement des projets cinématographiques, mais également pour développer les infrastructures de diffusion.

En effet, le cinéma ne peut prospérer sans que l’offre de productions rencontre une demande publique, ce qui passe nécessairement par des salles de cinéma. Au Bénin, ces infrastructures sont encore très limitées, et leur multiplication, notamment en dehors de Cotonou, est une priorité pour permettre un accès plus équitable à la culture. Par ailleurs, des initiatives telles que la création de complexes culturels pourraient inclure des cinémas et répondre à ces attentes.

Le défi des infrastructures dépasse le seul cadre du cinéma et concerne l’ensemble des industries culturelles et créatives. Dans le domaine de la musique, par exemple, des lieux comme des arénas ou des scènes ouvertes sont essentiels pour favoriser la rencontre entre artistes et public. De même, les arts visuels nécessitent des galeries pour exposer et vendre les œuvres, tandis que les bibliothèques et librairies constituent des espaces indispensables pour que l’offre de livres réponde à la demande. L’État a déjà prévu des projets ambitieux, tels que la construction d’une grande arène culturelle à Cotonou et la mise en place d’arènes similaires dans d’autres régions du pays.

Ces efforts visent à libérer pleinement le potentiel économique et artistique des industries culturelles et créatives au Bénin. En dotant le pays des infrastructures nécessaires et en renforçant les mécanismes de financement, qu’ils soient publics ou privés, le gouvernement entend créer un écosystème dynamique où l’offre et la demande se rencontrent efficacement, générant ainsi une économie florissante et inclusive.

Quelles sont vos attentes pour les cinq prochaines années en matière de développement des industries culturelles et créatives au Bénin ?

William Codjo : Nos attentes pour le développement des industries culturelles et créatives au Bénin reposent sur la nécessité de renforcer les structures en aval du processus créatif. Le Bénin est reconnu comme un vivier de talents, avec de nombreux artistes et créateurs qui produisent une matière première riche et variée. Cependant, les structures de production, de distribution, de diffusion et de commercialisation, essentielles pour valoriser ces créations, sont encore faibles ou inexistantes. Notre ambition est de voir émerger des acteurs solides dans ces domaines, capables de donner une véritable valeur ajoutée au travail des artistes béninois, et de bâtir une industrie culturelle pérenne.

Par ailleurs, nous attendons des artistes eux-mêmes qu’ils redoublent d’efforts en matière d’innovation et de créativité. Il est crucial que les œuvres qu’ils proposent soient de grande qualité, capables de s’imposer sur la scène internationale. Si certains artistes béninois se distinguent déjà par des productions remarquables, il est nécessaire d’élargir ce cercle pour inclure un plus grand nombre de créateurs talentueux.

Comment les acteurs culturels peuvent-ils contribuer à l’essor du secteur et quelles initiatives spécifiques l’ADAC prend-elle pour les encourager ?

William Codjo : Les acteurs culturels doivent d’abord accepter de se former et de s’adapter aux normes qui régissent désormais les industries créatives à l’échelle internationale. L’époque de l’improvisation est révolue. Par exemple, dans le domaine du cinéma, il est indispensable que les productions locales respectent des critères techniques tels que la qualité de l’image, du son et de l’éclairage. Sans cela, les films produits au Bénin ne peuvent prétendre à une diffusion mondiale, ce qui limite leur portée et leur rentabilité. Le même raisonnement s’applique à la musique, où des productions de qualité, capables de rivaliser avec celles des artistes nigérians, pourraient faire rayonner le Bénin à l’international.

Dans les domaines du livre et des arts visuels, bien que certains talents béninois parviennent à collaborer avec des maisons d’édition ou des galeries de renom à travers le monde, la majorité peine encore à dépasser les limites du marché local. De nombreux artistes et écrivains doivent se contenter de solutions précaires, ce qui entrave la valorisation de leur travail. Pourtant, le potentiel culturel du Bénin est immense et peut être exploité pour rivaliser sur la scène internationale.

Pour corriger ces lacunes, il est crucial d’établir des normes dans tous les secteurs de la création artistique et culturelle. Ces normes permettront non seulement d’élever la qualité des œuvres produites, mais aussi d’assurer leur circulation et leur valorisation sur les marchés internationaux. L’objectif est de créer un écosystème où les œuvres béninoises génèrent des revenus suffisants pour que les artistes et les professionnels puissent vivre dignement de leur travail, tout en contribuant à l’essor économique et culturel du pays.

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