Par Claudia Kenou
Alors que le développement économique du Bénin repose de plus en plus sur le dynamisme du secteur privé, la Société financière internationale (IFC) joue un rôle crucial en tant que partenaire du secteur privé et du gouvernement. Depuis l’ouverture de son bureau au Bénin en 2019, l’IFC s’est engagée à soutenir la transformation structurelle de l’économie béninoise en favorisant l’industrialisation, la création de valeur locale et l’innovation.
Cet entretien avec Vincent Arthur Floreani nous offre une opportunité précieuse de revenir sur les initiatives majeures déployées par l’IFC au cours de la dernière année, de mesurer leur impact sur l’économie nationale, et d’explorer les perspectives d’avenir pour ce partenaire stratégique.
CADRECO | Quels ont été les principales initiatives de l’IFC au Bénin au cours de la dernière année ?
Vincent Arthur Floreani : Les principales activités de l’IFC au Bénin ont été marquées par l’établissement et le renforcement des relations avec nos partenaires, aussi bien au niveau du gouvernement que du secteur privé, sans oublier nos collaborations avec d’autres agences et partenaires de développement présents dans le pays. Ces interactions ont été cruciales pour développer nos activités, d’autant plus que notre bureau est relativement récent, ayant ouvert ses portes à la fin de l’année 2019. Nous sommes actuellement en pleine phase de croissance et d’expansion.
Sur le plan financier, nous avons continué à soutenir les intermédiaires financiers pour qu’ils puissent financer les PME. Cependant, cette année, nous avons cherché à aller plus loin encore, en travaillant sur de nouveaux produits avec ces intermédiaires, en explorant de nouveaux partenariats, notamment avec de nouvelles banques, et en orientant davantage ces mécanismes de financement vers des secteurs critiques pour le développement du pays, tels que l’industrie manufacturière, le tourisme, les industries culturelles et créatives, ainsi que l’agriculture.
De plus en plus, nous nous concentrons sur le soutien aux entreprises dirigées ou possédées par des femmes. En parallèle, nous avons également orienté nos efforts vers de nouveaux secteurs, notamment les infrastructures. Nous prévoyons d’annoncer prochainement des projets et investissements dans le domaine de la logistique, de l’énergie, ainsi que dans l’agriculture, l’agro-industrie, et l’industrialisation.
En ce qui concerne l’accompagnement non financier, nous avons accordé une attention particulière à deux dimensions clés. Premièrement, nous avons soutenu, sous forme d’assistance technique, les intermédiaires financiers avec lesquels nous travaillons, pour mieux cibler les PME, et mettre en place une organisation interne à même de réellement améliorer les conditions de financement. Deuxièmement, nous avons initié une étude et une réflexion stratégique visant à mieux intégrer les chaînes de valeur du Nigéria et à tirer profit des potentialités économiques offertes par ce voisin de poids.
Quels sont les impacts de ces initiatives sur l’économie du pays ?
Vincent Arthur Floreani : Notre objectif au Bénin est d’accompagner le Plan d’Action Gouvernemental (PAG) en mettant un accent particulier sur le secteur privé. Nous souhaitons vraiment soutenir la montée en puissance du secteur privé afin de promouvoir une croissance inclusive et génératrice d’emplois. Notre ambition est d’accompagner la montée en gamme et l’industrialisation de l’économie béninoise. Bien que nos activités soient en pleine expansion, il est encore un peu tôt pour mesurer l’impact réel de toutes nos initiatives. Cependant, je peux déjà évoquer les résultats obtenus. Grâce à nos activités, notamment via les intermédiaires financiers, nous avons pu injecter environ 250 milliards de francs Cfa dans l’économie béninoise, soutenant ainsi environ un millier d’entreprises.
L’impact escompté se situe à deux niveaux. Le premier consiste à octroyer davantage de financement à de meilleures conditions aux entreprises. Le second concerne l’accompagnement de la dynamique agro-industrielle en cours dans le pays, ce qui passe par le développement d’infrastructures de base, notamment industrielles, logistiques, et énergétiques. Par ailleurs, nous soutenons les entreprises locales et les champions locaux tout en promouvant les investissements directs étrangers.
Grâce à notre accompagnement non financier, nous contribuons également à renforcer les capacités de nos clients, ce qui va de pair avec les différents investissements que nous réalisons. Cet accompagnement peut se traduire, par exemple, par la promotion de standards environnementaux ou sociaux, ou encore par une meilleure gouvernance d’entreprise. En parallèle, nous travaillons avec le gouvernement et en synergie avec la Banque Mondiale, pour renforcer les politiques publiques en faveur de la promotion du secteur privé.
Depuis octobre 2019 et l’officialisation de l’ouverture des bureaux de l’IFC au Bénin, quel bilan peut-on faire ?
Vincent Arthur Floreani : L’ouverture de notre bureau au Bénin a été un choix stratégique et résolu de la direction de l’IFC, avec pour objectif d’amplifier notre impact dans le pays. Nous souhaitons positionner l’IFC comme l’un des principaux bailleurs de développement au Bénin, particulièrement en ce qui concerne le secteur privé. À la fin de l’année fiscale, qui s’est achevée le 30 juin 2024, nous avions engagé 25 milliards de francs Cfa au Bénin. Ce chiffre représente une croissance considérable, ayant été multiplié par sept en deux ans. Nous sommes maintenant dans un rythme de croisière, et comme l’a souligné notre Directeur général lors de sa visite au Bénin en mai dernier, notre ambition est d’engager à terme 60 milliards de francs Cfa par an.
Notre impact provient principalement de nos activités avec les intermédiaires financiers. Nous avons un mécanisme de financement ou de garantie pour les PME qui a permis d’injecter environ 50 milliards de francs Cfa auprès de 700 PME. Nous disposons également d’un mécanisme de facilitation et de garantie du commerce international, dont ont bénéficié environ 250 entreprises pour un montant de 200 milliards de francs Cfa. Ces initiatives ont soutenu une quinzaine de secteurs, principalement le commerce, le tourisme, l’agriculture, et de plus en plus l’industrie.
De fait, l’IFC a pris la décision stratégique d’établir une présence permanente au Bénin avec une équipe et un bureau dédiés, ce qui nous permet de démultiplier notre impact. Cette présence nous permet de nous impliquer dans de nouveaux secteurs, tels que l’agriculture, les infrastructures, et l’industrie, tout en promouvant et en accompagnant de manière proactive les champions locaux béninois. Cela facilite également un accompagnement quotidien au gouvernement pour soutenir son agenda de développement du secteur privé, en synergie avec la Banque Mondiale. Travailler en étroite collaboration avec notre institution soeur nous permet de développer conjointement des projets bénéfiques au secteur privé en faveur du développement du Bénin.
Sur la base des secteurs prioritaires pour votre institution au Bénin, comment est déployée votre stratégie pour répondre aux besoins locaux ?
Vincent Arthur Floreani : Notre stratégie est alignée sur les priorités du Programme d’Action Gouvernemental (PAG) 2021-2026, avec pour objectif d’amplifier cet engagement. Nous voulons accompagner le secteur privé béninois et promouvoir un secteur privé qui contribue aux objectifs du PAG, où environ 52 % du financement doit provenir du privé. L’idée est de soutenir cette dynamique en cours. Le secteur privé béninois est en pleine expansion et c’est là que nous intervenons. Notre ambition est de promouvoir un secteur privé suffisamment robuste pour contribuer à la compétitivité, à la diversification, et à la résilience de l’économie béninoise. Dans cette optique, l’IFC est un partenaire de longue date du gouvernement béninois, et nous nous efforçons de rester l’acteur de référence pour le développement du secteur privé au Bénin.
Nos objectifs sont la création de valeur locale, la montée en gamme de l’économie, et l’industrialisation. Pour cela, nous nous concentrons sur trois grandes actions: le développement d’infrastructures de base, l’amélioration de l’accès au financement, et la promotion des investissements internationaux ainsi que des champions locaux. L’idée est également d’avoir un fort effet démonstratif qui puisse catalyser d’autres investissements et promouvoir la création d’emplois.
Cette stratégie a été formalisée dans une feuille de route établie à la suite de la visite de notre Directeur général. L’objectif est d’amplifier et d’accélérer nos interventions pour atteindre à terme, 60 milliards de francs Cfa d’engagement annuel. Cette feuille de route met l’accent sur plusieurs dimensions, notamment le développement industriel, le renforcement de la logistique, l’autonomisation énergétique, la transformation numérique, l’élargissement du financement aux PME, ainsi que le développement des chaînes de valeurs agricoles, des industries créatives et culturelles, et du logement économique et social. Ces actions sont également en phase avec nos trois priorités transversales: les questions de genre, le climat, et le développement digital. Par ailleurs, en partenariat avec le gouvernement, nous nous efforçons de promouvoir les investissements internationaux et les exportations tout en renforçant le climat des affaires. Nous annoncerons prochainement de nouveaux investissements, mais à ce jour, nous avons principalement travaillé avec des sociétés étrangères. Nous souhaitons désormais collaborer avec des entreprises béninoises à fort potentiel, que nous avons identifiées, accompagnées, et que nous escomptons soutenir directement.
L’innovation et la digitalisation sont des priorités pour IFC. Comment intégrez-vous ces aspects dans vos projets au Bénin ?
Vincent Arthur Floreani : L’innovation et la digitalisation sont des thématiques transversales chez nous, et de plus en plus, nous les intégrons dans chacune de nos interventions. Systématiquement, nous nous efforçons de prendre en compte ces aspects, car ils sont fondamentaux pour la transformation des économies africaines, y compris celle du Bénin. Nous avons à cœur de faire plus dans ce domaine, et l’opportunité que nous avons est que l’écosystème béninois est en plein essor. Plusieurs initiatives sont déjà en cours, et nous envisageons d’annoncer de nouvelles initiatives bientôt. Nous nous concentrons sur les startups et les fintechs, mais aussi sur la transformation digitale de l’économie dans son ensemble, car c’est l’un des leviers clés pour atteindre nos objectifs de croissance inclusive et durable.
Quels sont les défis rencontrés par IFC dans la mise en œuvre de ses projets au Bénin, et comment comptez-vous les surmonter ?
Vincent Arthur Floreani : L’un des principaux défis est la question de la formalisation de l’économie béninoise. Bien que le secteur privé béninois soit dynamique et en pleine croissance, une grande partie de cette économie reste informelle. Cela rend difficile l’accès au financement et complique la structuration de projets de grande envergure. Un autre défi est lié à la capacité des entreprises locales à répondre aux standards internationaux en matière de gouvernance, d’environnement, et de responsabilité sociale. Nous devons accompagner ces entreprises pour qu’elles puissent non seulement atteindre ces standards, mais aussi en faire un levier de compétitivité. Enfin, il y a le défi de la coordination et de la synergie entre les différents acteurs du développement. Nous travaillons en étroite collaboration avec toutes les parties prenantes pour surmonter ces défis et maximiser notre impact au Bénin.
Quels sont vos projets futurs et vos ambitions pour IFC au Bénin ?
Vincent Arthur Floreani : Nos ambitions pour l’IFC au Bénin sont claires: nous voulons amplifier notre engagement et notre impact en tant qu’acteur clé du développement du secteur privé dans le pays. Nous envisageons de continuer à investir dans les secteurs prioritaires identifiés, tout en explorant de nouveaux domaines d’intervention.
Nous prévoyons d’intensifier nos efforts dans l’agro-industrie, les infrastructures, et l’énergie, mais aussi de renforcer notre soutien aux PME, notamment celles dirigées par des femmes. L’innovation et la digitalisation resteront au cœur de nos priorités, avec une attention particulière à la transformation numérique. En parallèle, nous continuerons en synergie avec la Banque Mondiale à soutenir les réformes du gouvernement en matière de climat des affaires et de promotion des investissements. Nous sommes convaincus que ces efforts contribueront à la création d’un écosystème plus favorable pour le développement du secteur privé et la croissance économique inclusive du Bénin.