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Entretien avec Précieux Christian Béhanzin, Ingénieur socio-environnementaliste

Dans un monde en proie à des transformations environnementales sans précédent, les défis liés aux changements climatiques s’entrelacent avec des crises sociales et sécuritaires de plus en plus exacerbées. Ingénieur socio-environnementaliste et gestionnaire de projets de coopération internationale, Précieux Christian Behanzin est un acteur de premier plan dans la recherche de solutions durables. Fort d’une expérience notable dans la gestion des écosystèmes et l’économie circulaire, il s’investit dans des projets visant à atténuer les effets du réchauffement climatique sur les communautés vulnérables. À travers cette interview, il revient sur les liens complexes entre les bouleversements climatiques, les tensions sociales, et les stratégies à adopter pour prévenir les conflits dans les régions les plus touchées. Un échange engagé, éclairant les enjeux de notre époque.

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Entretien avec Précieux Christian Béhanzin, Ingénieur socio-environnementaliste

Dans un monde en proie à des transformations environnementales sans précédent, les défis liés aux changements climatiques s’entrelacent avec des crises sociales et sécuritaires de plus en plus exacerbées. Ingénieur socio-environnementaliste et gestionnaire de projets de coopération internationale, Précieux Christian Behanzin est un acteur de premier plan dans la recherche de solutions durables. Fort d’une expérience notable dans la gestion des écosystèmes et l’économie circulaire, il s’investit dans des projets visant à atténuer les effets du réchauffement climatique sur les communautés vulnérables. À travers cette interview, il revient sur les liens complexes entre les bouleversements climatiques, les tensions sociales, et les stratégies à adopter pour prévenir les conflits dans les régions les plus touchées. Un échange engagé, éclairant les enjeux de notre époque.

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Par Claudia Kenou

Dans un monde en proie à des transformations environnementales sans précédent, les défis liés aux changements climatiques s’entrelacent avec des crises sociales et sécuritaires de plus en plus exacerbées. Ingénieur socio-environnementaliste et gestionnaire de projets de coopération internationale, Précieux Christian Behanzin est un acteur de premier plan dans la recherche de solutions durables. Fort d’une expérience notable dans la gestion des écosystèmes et l’économie circulaire, il s’investit dans des projets visant à atténuer les effets du réchauffement climatique sur les communautés vulnérables. À travers cette interview, il revient sur les liens complexes entre les bouleversements climatiques, les tensions sociales, et les stratégies à adopter pour prévenir les conflits dans les régions les plus touchées. Un échange engagé, éclairant les enjeux de notre époque.

Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre intérêt pour les thématiques d’environnement, de changements climatiques et des crises sociales et sécuritaires ?

Précieux Christian Béhanzin : Précieux Christian Béhanzin on me nomme, je suis Socio Environnementaliste et Gestionnaire de Projets de Coopération Internationale. Je travaille depuis plusieurs années sur des projets divers, avec une prééminence de ceux liés à la gestion des écosystèmes, aux changements climatiques et à l’économie circulaire. Mon intérêt pour ces thématiques est motivé par le besoin urgent de comprendre comment les changements environnementaux affectent les sociétés humaines, et par conséquent la vie. Je crois que la durabilité environnementale est essentielle non seulement pour protéger notre planète, mais aussi pour assurer la paix et la sécurité au sein des communautés. Les populations les plus touchées par les fléaux de notre ère en général et le changement climatique en particulier sont très souvent celles qui sont déjà marginalisées, ce qui m’incite à défendre des solutions qui favorisent l’équité et la résilience. J’aspire à faire partie des solutions qui abordent ces défis de manière holistique, en intégrant les perspectives environnementales et sociales.

Que vous évoque l’énonciation du changement climatique, et quelle nuance peut-on faire entre réchauffement climatique et changement climatique ?

Précieux Christian Béhanzin : Quand on parle de changement climatique, on pense aux changements dans le climat. Plus loin, et en tant qu’à la fois environnementaliste et sociologue, l’énonciation du changement climatique évoque pour moi des transformations profondes et globales des systèmes climatiques qui affectent les écosystèmes et également les sociétés humaines. Ces changements sont le fruit d’une modification durable de la température sur toute la surface de la planète et dans les océans. La distinction entre réchauffement climatique et changement climatique est par ailleurs essentielle. Le réchauffement climatique fait référence à l’augmentation des températures moyennes de la Terre due principalement aux émissions de gaz à effet de serre. En revanche, le changement climatique englobe un éventail plus large d’effets, incluant non seulement l’augmentation des températures, mais aussi des modifications dans les régimes de précipitations, l’intensification des événements climatiques extrêmes et des changements dans les écosystèmes et les habitats ; ce qui bien entendu n’est pas sans impact sur la sphère sociale.

Comment les changements climatiques contribuent-ils aux crises sociales et sécuritaires dans les différentes régions du monde ?

Précieux Christian Béhanzin : Conséquence majeure du réchauffement planétaire dont les causes sont bien connues aujourd’hui, les changements climatiques représentent de par leurs manifestations (inondations, cyclones, sécheresses, etc.) un multiplicateur de menaces, au sens où ils agissent également sur les facteurs d’instabilité et de violence. Ils affectent en premier lieu ce qu’on pourrait appeler la sécurité humaine des individus, et qui dit sécurité humaine parle de libertés fondamentales. Et quand celles-ci sont mises à mal, les réactions des uns et des autres ne peuvent s’anticiper et tout peut véritablement dégénérer, et davantage dans des contextes fragiles comme par exemple dans le Sahel ou dans la Corne de l’Afrique. Dégénérer dans le sens où en détruisant par exemple les moyens de subsistance des communautés, en particulier dans les régions agricoles, ces changements peuvent entraîner des migrations forcées, créant des tensions dans les zones d’accueil.

Par ailleurs, les ressources naturelles, comme l’eau et les terres arables, du fait des changements climatiques, deviennent de plus en plus rares, ce qui peut engendrer des conflits entre communautés et pays. Par exemple, dans des régions comme le Sahel, les changements de température et les variations de précipitations aggravent la pauvreté et la rareté des ressources, ce qui entraîne des conflits entre agriculteurs et éleveurs. En outre, les inégalités existantes, et Dieu sait qu’il en a tellement en ce bas monde, sont amplifiées, car les populations les plus vulnérables, souvent déjà marginalisées, sont les plus touchées par ces crises environnementales. Enfin, les effets des changements climatiques sur la santé publique, tels que l’augmentation des maladies liées à la chaleur ou à l’eau contaminée, créent également des défis supplémentaires qui mettent à l’épreuve la stabilité sociale. Ils créent donc en définitive des tensions sociales et des conflits via la perturbation des écosystèmes et des cycles naturels qu’ils orchestrent.

Avez-vous des exemples spécifiques de régions ou de pays où les changements climatiques ont exacerbé des tensions sociales ou des conflits ?

Précieux Christian Béhanzin : Les changements climatiques ne sont plus simplement une question environnementale, mais un facteur clé qui influence la stabilité sociale et sécuritaire dans de nombreuses régions du monde. Ne pas le reconnaitre serait une grave erreur, et les conséquences seraient désastreuses. En altérant les écosystèmes, en réduisant la disponibilité des ressources naturelles et en provoquant des phénomènes météorologiques extrêmes, ils amplifient les tensions existantes et créent des conflits nouveaux; c’est bien ça la réalité. Certains pays et régions sont particulièrement vulnérables à ces impacts, et des exemples concrets montrent comment les changements climatiques ont exacerbé les tensions sociales ou alimenté des conflits violents. Un exemple concret en Afrique est celui du Sahel, une région particulièrement vulnérable aux impacts des changements climatiques. Dans cette zone, qui inclut des pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso, la désertification et les sécheresses prolongées ont considérablement réduit l’accès à l’eau et aux terres arables. Cela a provoqué des conflits entre les agriculteurs, qui dépendent de la terre pour cultiver, et les éleveurs, qui ont besoin de vastes espaces pour nourrir leur bétail. La concurrence pour ces ressources limitées a exacerbé les tensions, souvent ethniques, entraînant des affrontements violents.

Même au Bénin ici chez nous, on a connu ces genres d’affrontements; c’est ce qui justifie d’ailleurs la prise en conseil des ministres du décret 2024-954 du 08 mai 2024 pour définir les modalités d’exercice de la veille pastorale. Ces tensions ont été aggravées par l’insécurité alimentaire, qui a poussé des populations à migrer vers d’autres zones, augmentant la pression sur des régions déjà fragiles. Par ailleurs, et c’est là tout le drame, des groupes armés et terroristes ont profité de cette instabilité pour recruter des jeunes désœuvrés, aggravant ainsi la crise sécuritaire. Cette situation montre bien comment les changements climatiques, en modifiant les dynamiques sociales et économiques, peuvent intensifier les conflits et créer un climat de violence et d’insécurité.

Quelles stratégies pour prévenir les conflits et gérer les impacts des changements climatiques sur la sécurité sociale ?

Précieux Christian Béhanzin : Les stratégies d’adaptation et d’atténuation sont deux approches complémentaires pour faire face aux changements climatiques, mais elles visent des objectifs différents. L’adaptation vise à réduire la vulnérabilité des systèmes humains et naturels aux effets négatifs des changements climatiques déjà inévitables ou attendus. Cela inclut le renforcement des systèmes de protection sociale, par le biais de programmes ciblés pour soutenir les populations vulnérables, ainsi que la promotion de l’agriculture durable et la gestion intégrée des ressources naturelles, impliquant les communautés dans la prise de décision. De plus, l’éducation et la sensibilisation sur les impacts climatiques et les stratégies d’adaptation sont essentielles pour préparer les populations aux défis environnementaux.

En revanche, l’atténuation vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et à limiter le réchauffement climatique afin de prévenir les effets futurs des changements climatiques. Cela peut inclure l’investissement dans des infrastructures durables, favorisant les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, ainsi que la restauration des écosystèmes dégradés pour améliorer leur capacité à séquestrer le carbone. En combinant ces deux approches, il est possible de renforcer la sécurité sociale tout en minimisant les risques de conflits liés aux ressources naturelles et aux impacts du changement climatique.

Comment les principes de l’économie circulaire peuvent être intégrés dans les stratégies d’adaptation aux changements climatiques ?

Précieux Christian Béhanzin : Je pense que l’intégration des principes de l’économie circulaire dans les stratégies d’adaptation aux changements climatiques est essentielle pour construire une résilience durable. Tout d’abord, l’économie circulaire encourage la réutilisation et le recyclage des ressources, ce qui réduit la demande en matières premières et diminue les déchets. En minimisant l’extraction de ressources, nous pouvons également diminuer les émissions de gaz à effet de serre associées à ces processus, contribuant ainsi à l’atténuation des changements climatiques. De plus, en favorisant des modèles de production et de consommation durables, nous pouvons améliorer l’efficacité des ressources.

Par exemple, la mise en place de systèmes de partage et de location permet de réduire la pression sur les ressources naturelles tout en offrant des alternatives économiques aux consommateurs. Cela aide non seulement à diminuer les impacts environnementaux, mais aussi à stimuler des opportunités économiques locales. Enfin, l’intégration de l’économie circulaire dans les stratégies d’adaptation peut renforcer la résilience des communautés face aux aléas climatiques. En développant des infrastructures durables et en adoptant des pratiques agricoles régénératrices, nous pouvons améliorer la sécurité alimentaire et l’approvisionnement en eau, tout en réduisant la vulnérabilité des populations aux changements climatiques. Ainsi, cette approche holistique favorise non seulement un développement économique durable, mais elle crée également un environnement plus sain et résilient pour les générations futures. Beaucoup de pays, de communautés et d’acteurs l’ont d’ailleurs compris et s’organisent afin de promouvoir véritablement l’économie circulaire. Des initiatives fleurissent déjà, et même chez nous. Lors des premières assises de l’économie circulaire dans le Mono en mai dernier, les différents acteurs institutionnels ont uni leurs voix pour adopter une déclaration commune de promotion de l’économie circulaire au Bénin. C’est fort louable, et tous les autres départements devront leur emboiter le pas.

Quel lien entre la gestion des déchets et les changements climatiques ?

Précieux Christian Béhanzin : La gestion des déchets et les changements climatiques sont étroitement liés, car une mauvaise gestion des déchets contribue significativement aux émissions de gaz à effet de serre. Lorsque les déchets organiques sont enfouis ou décomposés dans des conditions anaérobies (autrement dans un milieu sans oxygène), ils produisent du méthane (CH4), un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone (CO₂). Par ailleurs, la combustion des déchets non contrôlée libère également du dioxyde de carbone et d’autres polluants dans l’atmosphère.

En Afrique, et particulièrement au Bénin, l’amélioration des systèmes de gestion des déchets, notamment sur les maillons en lien avec le tri et la valorisation des déchets (recyclage, réutilisation des matériaux, compostage ou même production d’énergie), permettrait de réduire ces émissions tout en offrant des solutions de développement durable. En outre, des pratiques de gestion efficace des déchets aident à préserver les écosystèmes et à réduire les risques d’inondations causées par l’accumulation de déchets dans les cours d’eau ou les ouvrages d’assainissement pluvial, renforçant ainsi la résilience des communautés face aux impacts du changement climatique.

À quoi s’attendre ?

Précieux Christian Béhanzin : Mes principales préoccupations concernant l’avenir des relations entre les changements climatiques et les crises sociales et sécuritaires résident dans l’impact croissant des catastrophes climatiques sur les populations vulnérables. Les pénuries de ressources, la dégradation des terres agricoles et la montée du niveau de la mer accentuent les migrations forcées, les tensions sociales et les conflits pour l’accès à des ressources limitées. Cependant, mes espoirs résident dans la capacité de la communauté internationale, mais aussi et surtout de nos pays, à intégrer la lutte contre les changements climatiques dans les stratégies de sécurité humaine et de développement durable. Des initiatives telles que l’adaptation communautaire, la promotion de l’économie circulaire et la transition vers des énergies renouvelables peuvent réduire la pression sur les ressources, renforcer la résilience des populations, et ainsi prévenir les crises sociales et sécuritaires. Si les gouvernements, les organisations internationales et les acteurs locaux collaborent de manière proactive, il est possible de transformer ces défis en opportunités de développement plus inclusif et durable.

Le monde de la recherche scientifique ne sera pas non plus du reste, il devra identifier, développer et éprouver des solutions technologiques afin de répondre aux défis imposés par les changements climatiques. Je vous invite à consulter le prochain numéro de la revue scientifique marocaine «African Journal of Management Engineering and Technology (AJMET)»; il comportera une publication qui est le fruit d’un travail que j’ai conduit cette année avec certains collègues universitaires, sur la manière dont l’intelligence artificielle (IA) peut aider à optimiser et, plus encore rendre durable, la gestion des déchets solides ménagers dans la cité lacustre de Ganvié au Bénin. Fort du lien qu’il y a entre gestion des déchets et changements climatiques, ces mêmes travaux seront présentés lors du Globbal Summit on Climate Change & Environmental Sustainability qui se tiendra à Rome en Italie les 28 et 29 Octobre prochain. L’espoir est donc permis.

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