Par Claudia Kenou
Porte d’entrée principale du commerce béninois, le Port autonome de Cotonou (Pac), a franchi un tournant décisif dans sa transformation écologique. L’infrastructure portuaire a procédé jeudi 30 janvier 2025 à Novotel Cotonou, au lancement officiel de son projet intitulé le “Bilan carbone”. Financé par l'Agence Belge de développement (Enabel) et le programme Passeport II, ce projet est une réponse audacieuse aux enjeux environnementaux mondiaux, avec pour objectif de positionner Cotonou comme un modèle de durabilité dans le secteur portuaire.
“Bilan carbone du port de Cotonou”. Ce projet, représente bien plus qu'une simple obligation réglementaire. Elle vient confirmer la volonté de l’Etat béninois à réduire l’empreinte carbone du Port autonome de Cotonou (Pac) et à contribuer activement à la lutte contre les changements climatiques dans le monde en général et au Bénin en particulier. Yao Kobué Abotsi, chef du département qualité, santé, sécurité, environnement et projets transversaux (Qhse) du Pac, dans son allocution, a tout de suite insisté sur le fait : « Ce projet témoigne de notre engagement à respecter les normes internationales en matière de qualité, de sécurité et de protection de l'environnement et je voudrais d'ores et déjà compter sur l'implication de tous en vue de la réussite de cette activité qui permettra de faire de notre port un modèle de port vert, respectueux de l'environnement et engagé dans la lutte contre les changements climatiques ». Pour lui, un tel état d’esprit pourrait, très prochainement acheminer le Bénin vers l’obtention de la certification Greenport, une démarche visant à promouvoir le développement durable et la réduction de l'empreinte écologique des ports, soulignant ainsi l'engagement du Pac envers la lutte contre les changements climatiques et le respect des normes internationales.
En effet, grâce à l’engagement de l’Agence Belge de développement (Enabel), le Pac est en route pour un avenir écologique plus durable. Selon Hervé Corbel, responsable de projet chez Enabel, depuis 2019, plusieurs initiatives majeures ont été mises en place au Bénin pour intégrer la dimension environnementale aux activités portuaires. De la révision des lois sur l’environnement à la mise en place d’un réseau de surveillance de la pollution, en passant par l’accompagnement des institutions locales sans oublier l’accompagnement à la certification écologique (EcoPort, ISO 14000, etc.…), le port de Cotonou se dote d’outils concrets pour limiter son impact écologique, avec Enabel comme un acteur clé de cette transformation. « Comme vous pouvez le constater, on aide donc le port dans tous les compartiments et je dois aussi mentionner d'ailleurs, le fait qu'on aide le port pour améliorer sa capacité de réception et de gestion des déchets portuaires », a-t-il laissé entendre. Poursuivant, Hervé Corbel estime que le lancement du projet de bilan carbone qui sera mené en collaboration avec la société Séodologique, marque une avancée stratégique dans la vie de l’infrastructure portuaire de Cotonou. Ce diagnostic, qui sera réalisé avec une vingtaine d’acteurs portuaires (Manutention, équipements, Transports, bâtiments administratifs, gestion des terminaux, déplacement des navires etc.), vise à identifier et réduire les émissions de gaz à effet de serre du port. « L'agenda pour l'instant, c'est que d'ici à peu près le mois de juin, on devrait pouvoir achever ce bilan et surtout aboutir à un ensemble de recommandations qui vont permettre de réduire les émissions des gaz à effet de serre », a-t-il indiqué. En outre, des capteurs de qualité de l’air et de l’eau, précise-t-il, seront parallèlement installés pour renforcer la gestion des déchets et protéger l’écosystème marin. Avec un horizon fixé à 2030, les projets Passeport II et Proport, financés par la Belgique et l’Union européenne, continueront de structurer cette dynamique verte. Succès qui, selon le responsable du projet “Bilan carbone”, Hervé Corbel repose essentiellement sur l’implication active de tous les acteurs portuaires.
« La décarbonation des ports présente plusieurs avantages, notamment la réduction des gaz à effet de serre, l'amélioration de la qualité de l'air dans la zone portuaire, la promotion du développement durable et la stimulation à l'innovation technologique pour des solutions énergétiques plus propres », ce qu’a tout de suite souligné le commandant Charles-Bennett Fayomi, représentant du directeur général du Pac dans son allocution. Pour lui, ce projet est une démarche proactive dans la lutte contre les changements climatiques et pour la promotion du développement durable dans les activités portuaires. « Le bilan carbone que nous lançons aujourd'hui n'est pas seulement une obligation réglementaire ou une simple formalité, mais c'est aussi la mise en œuvre d'un engagement de notre politique environnementale et la promotion du développement durable dans nos activités », a-t-il insisté. Par ailleurs, il précise qu’en tant que plaque tournante du commerce régional et international, le Port autonome de Cotonou, a le devoir de montrer l'exemple en matière de durabilité et pour lui, ce projet en est l’occasion parfaite car s’estime-t-il, il permettra non seulement de mieux comprendre les impacts environnementaux des activités du Pac mais aussi de mettre en place des mesures efficaces pour réduire son empreinte carbone. Le commandant conclut en soulignant que la réussite du projet dépendra de l’implication de tous, notamment en ce qui concerne la collecte des données nécessaires. Tout en remerciant Enabel et les partenaires techniques et financiers pour leur soutien dans cette démarche, Charles-Bennett Fayomi a également exprimé son optimisme quant à l’avenir et la transition écologique du Pac.
Bilan carbone du port de Cotonou, une mission en trois phases.
La mission se déploiera en trois phases complémentaires. Dans la première phase, axée sur le cadrage et la préparation, CO2logic va catégoriser les concessionnaires selon divers critères (taille, services, performance environnementale, conformité). Ensuite, il préparera des fichiers spécifiques pour la collecte de données et organisera une réunion de lancement afin de présenter l'exercice de calcul de l’empreinte carbone et la méthodologie Ghg Protocol. La deuxième phase portera sur la mesure de l’empreinte carbone : elle inclut la collecte des données auprès des concessionnaires et du Pac, le calcul des émissions de gaz à effet de serre (scopes 1, 2 et 3) selon le Ghg Protocol, la restitution des résultats dans un rapport de synthèse ainsi que la formation du personnel via une note méthodologique. Enfin, la troisième phase consistera à élaborer un plan d’action et des recommandations en identifiant, quantifiant et modélisant des interventions de réduction, puis en définissant une feuille de route pour diminuer les principales sources d’émissions d’ici 2028.
Le port de Cotonou ne se contente plus d’être un acteur économique majeur. Grâce à ce projet de bilan carbone, il se positionne désormais comme un leader en matière de développement durable dans le secteur portuaire. Un exemple pour l’Afrique et au-delà, démontrant qu’il est possible d’allier croissance économique et préservation de l’environnement. Le chemin est tracé et le Port autonome de Cotonou entend bien le suivre avec ambition et détermination.
Fortuné Dotin