Par Claudia Kenou
Avec un taux d’inflation limité à 1,2% en 2024, le Bénin s’impose comme l’un des pays les plus stables de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), dans un contexte régional encore marqué par des tensions alimentaires et énergétiques. Selon les dernières projections de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), cette stabilité devrait se poursuivre avec une inflation attendue à 1,4% en 2025 et 1,8% en 2026 dans le scénario central.
Cette trajectoire de désinflation, amorcée dès 2022, repose sur deux leviers majeurs. Une bonne performance agricole et des mesures ciblées en faveur du pouvoir d’achat. La production céréalière a progressé de 6,1% sur la campagne 2024-2025, renforçant la disponibilité alimentaire locale et réduisant la dépendance aux importations, plus sensibles aux variations de prix mondiaux. Si des tensions ont été observées entre juin et août, période de soudure, l’arrivée des nouvelles récoltes a rapidement rééquilibré le marché et modéré l’évolution des prix.
Les autres composantes de l’inflation sont restées contenues. Les prix de l’énergie et du logement ont connu peu de fluctuations, soutenus par des subventions ciblées et la stabilité des prix des carburants, limitant l’impact sur le transport et les loyers. La contribution de l’énergie à l’inflation globale dans l’UEMOA s’est ainsi maintenue à 0,3 point, avec un effet encore plus réduit au Bénin. La hausse exceptionnelle des coûts logistiques et du fret international (+153% en 2024) a également été absorbée en partie grâce à la stabilité du franc Cfa et à la résilience des circuits commerciaux.
Pour autant, la vigilance reste de mise. Les aléas climatiques, les tensions géopolitiques régionales et la volatilité des cours mondiaux, notamment pour les engrais, les huiles et le carburant, constituent autant de facteurs de risque. Les prochaines campagnes agricoles et la sécurisation des zones de production seront déterminantes pour maintenir cette trajectoire. La BCEAO envisage trois scénarios. Un premier scénario optimiste avec une inflation à 1,1% en 2025 et 1,2% en 2026, un autre central à 1,4% et 1,8% puis un troisième pessimiste à 1,6% et 2,5%. Dans ce contexte, la résilience du Bénin offre un cadre de prix relativement prévisible, favorable à la planification des investissements et au maintien du pouvoir d’achat des ménages. Reste à savoir si cette dynamique pourra se maintenir face à un environnement international toujours incertain.
Fortuné Dotin