Par Claudia Kenou
Véritable stimulateur de croissance économique, l’industrie textile représente un secteur clé pour le développement économique, mais également social. En Afrique où les industries textiles peinent à être implantées malgré l’abondance de la matière première, le Bénin avec la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz) sort du lot et se révèle au monde.
L’Afrique est l’un des principaux producteurs de coton dans le monde. Des pays comme le Burkina Faso, le Mali et le Bénin viennent en tête. Cultivé par de petits exploitants agricoles, l’or blanc africain représente un élément clé de l’économie rurale et nationale. De nombreux pays du continent ont une riche histoire textile, avec des techniques de tissage et des motifs uniques qui reflètent la culture et les traditions locales. Caractérisée par une diversité de productions, allant des textiles traditionnels, automobiles et d’ameublement aux vêtements modernes, certains, bien qu’absents parmi les premiers producteurs du coton en Afrique, tentent de se démarquer sur le continent. C’est le cas du Maroc, de l’Égypte ou encore de l’Afrique du Sud, grâce à leurs infrastructures et à l’accès aux marchés internationaux. Au même moment, d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest, producteurs de l’or blanc, s’illustrent dans la fabrication des tissus, mais locaux. Ceci, grâce à leurs industries textiles traditionnelles variées. Le Ghana et le Mali s’essayent respectivement à la confession du kente, du bologan et du wax. Nonobstant cette existence de matières premières et cette volonté affichée, l’industrialisation de pointe en textile est de plus en plus rare dans ces pays pourtant producteurs.
L’Éthiopie, un exemple de résilience
Avec une industrie textile en pleine expansion, soutenue par des initiatives gouvernementales et des investissements étrangers, l’Éthiopie tente de faire mieux. Avec une production du coton de haute qualité, le pays possède plusieurs usines de filature, notamment dans la région de Gambela. Elles sont une kyrielle, ces entreprises qui se consacrent au tissage de tissus traditionnels et modernes en Éthiopie, intégrant des motifs culturels dans leurs créations. Mieux, le pays impressionne des investisseurs pour la production de vêtements destinés à l’exportation, avec des usines comme celles de Hawassa.
Certaines de ces entreprises se concentrent uniquement sur la production de textiles pour des applications industrielles singulières. Résultat, des marques locales émergent, mettant ainsi l’accent sur la durabilité et le commerce équitable. En clair, du coton et filature au mode éthique en passant par le tissage, les vêtements prêt-à-porter, les textiles techniques, l’Éthiopie a tout pour s’imposer comme leader de l’industrie textile en Afrique. Seulement, c’était sans compter sur l’avènement des conflits et enjeux endogènes, dont principalement la guerre entre l’armée régulière et les milices Amhara. Lesquels constituent aujourd’hui une menace existentielle quant à la survie de cette oasis textile africaine.
Le Bénin, nouvel eldorado pour l’industrie textile en Afrique
Malgré sa notoriété dans la production de la matière première destinée à l’industrie textile, l’Afrique est en butte à d’énormes problèmes qui ralentissent son éclosion dans ce secteur. Si l’Éthiopie arrive tant bien que mal à se hisser et à propulser l’industrie textile africaine, l’insuffisance des infrastructures, la concurrence mondiale, la qualité des compétences, le soutien aux entreprises, le soutien à l’investissement, les programmes adéquats de formation et bien d’autres problématiques, sont les défis majeurs auxquels ce secteur fait encore face sur le continent. Mais désormais, l’Afrique et le monde peuvent compter sur le Bénin. Autrefois, avec sa riche tradition textile, le coton demeure la principale culture de rente du pays, représentant une part importante des exportations. Si de nombreux ateliers de tissage artisanaux produisent des textiles traditionnels comme le pagne tissé, prisé pour les rendez-vous traditionnels, c’était sans compter sur les nouvelles politiques. Celles qui visent, depuis 2021, à promouvoir le secteur textile industriel et le développement des infrastructures de pointe pour l’amélioration des chaînes d’approvisionnement; facilitant ainsi l’accès aux marchés internationaux.
Avec l’avènement de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz), le Bénin se positionne, depuis trois ans, comme le nouvel eldorado de l’industrie textile en Afrique. Au sein de ce Hub industriel qui se veut le plus moderne de la région, se logent des industries textiles de dernière génération. Grâce à cette volonté des autorités béninoises de transformer sur place le coton issus des champs du pays, la plus grande et moderne unité intégrée de textile en Afrique, voire du monde a ouvert ses portes à Glo-Djigbé et est installée sur 50 hectares, parmi les 1.640 que recouvre la Zone. En plus des centres de formation textile déjà opérationnels à la Gdiz, ce complexe textile est devenu une marque déposée dans la sous-région et dans le monde.
Contrairement aux autres pays du continent, le Btex comme son nom l’indique, prend en compte toutes les unités d’une industrie textile moderne et aux standards internationaux. De la filature à la confession de vêtements en passant par le tissage, le tricotage ou encore la teinture, tout y est. « Le coton Kaba produit dans les champs au Bénin répondant à l’initiative « Coton made in Bénin » était vendu de façon brute à l’exportation. Désormais, ce coton sera transformé au sein de la Gdiz précisément dans l’enceinte de cette première unité intégrée de textile, Btex. Ceci, pour produire des t-shirts, des polos, des chemises ; qui seront vendus sur des marchés internationaux. Il s’agit de la transformation structurelle de notre économie. C’est le paradigme économique de notre pays qui est en train de changer. Il n’y a pas dans le monde une unité de transformation de textile qui soit aussi moderne et grande », avait estimé, en octobre 2023, Létondji Béhéton, Directeur général de la Société d’investissement et de promotion de l’industrie (Sipi-Bénin), administrateur de la Gdiz.
Le Made in Bénin conquiert le monde
Grâce à cette volonté de positionner le Bénin sur le toit de l’industrie textile africaine et mondiale, des résultats sont déjà perceptibles. Comme jamais rêvé, le Bénin fait déjà son entrée dans le cercle très fermé des pays exportateurs de vêtements et ses corollaires, vers les plus grandes marques de vêtements du monde. Présent désormais sur le marché américain et européen, le pays entend renforcer cet exploit. Ceci, par la mise en place d’autres nouvelles infrastructures textiles ultra-modernes au sein de la Zone. Grâce à une main-d’œuvre pragmatique et bien formée, les organisations internationales s’allient déjà derrière le Made in Bénin. Le dernier exploit en date est la convention entre le pays, l’Organisation mondiale du commerce (Omc) et la Fédération internationale de football association (Fifa), pour la confection de maillots dans le cadre de la prochaine coupe du monde des nations de football.
Avec ces perspectives au vert teintées d’une forte volonté politique, nul doute que l’industrie textile béninoise est déjà une référence d’ordre mondial. Même si ce projet qui donne tous ces fruits est encore naissant, il y a de quoi rêver. Avec un soutien gouvernemental adéquat, des investissements étrangers convaincants et un engagement envers des pratiques durables, l’industrie textile béninoise pourrait devenir un pilier fondamental de l’économie du pays. Un bel exemple pour d’autres nations africaines.